Pour sa 18e édition, le Forum des 100 organisé par Le Temps explorera les relations qu’entretient la Suisse avec le reste du monde à travers cinq chapitres. La cybersécurité sera l’un des thèmes abordés lors d’un débat réunissant le chef de l’armée suisse Thomas Süssli, le directeur général de Swisscom Christoph Aeschlimann et le procureur fédéral en charge de ces questions Yves Nicolet. Le Forum des 100 aura lieu le 11 octobre à l’EPFL. Renseignements et inscriptions: forumdes100.ch.Retrouvez tous nos articles sur les thématiques du Forum des 100

Fonte des glaciers, acidification des océans, multiplication des événements climatiques extrêmes… Les effets du changement climatique sont déjà bien visibles dans le monde entier. Face à l’ampleur de ces phénomènes et pour éviter leur aggravation, les émissions de gaz à effet de serre mondiales doivent impérativement cesser avant le milieu du siècle. Il faut, pour cela, diminuer drastiquement notre consommation énergétique et miser exclusivement sur des sources renouvelables.

Les technologies peuvent-elles encore nous sauver de ce changement climatique? Ma réponse est assumée: non. Le train est parti, le réchauffement est inéluctable avec des effets de plus en plus marqués. Le monde s’était un peu endormi, et nous vivons actuellement un réveil plutôt rude. Cependant tout n’est pas encore perdu et à défaut de pouvoir revenir à la situation initiale, les effets du changement climatique peuvent être atténués. Pour cela, nous devons écarter à tout jamais le mythe de la technologique salvatrice si cher au président George W. Bush et ne pas miser uniquement sur la technologie, mais considérer l’innovation au sens large du terme. L’innovation n’est pas que technologique, elle est aussi sociale, structurelle, commerciale ou encore législative.

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Changement de paradigme

Toute évolution nécessite l’adhésion de la population. La clé aujourd’hui réside clairement dans la compréhension des comportements, véritable moteur de ce changement. Cela prend du temps, nécessite des efforts de communication et signifie aussi reconnaître que les solutions ne sortent pas uniquement des écoles et instituts de recherche… mais aussi des PME et des citoyens. Un changement de paradigme difficile à avaler pour bien des cercles… L’innovation inclusive est déterminante pour avancer!

D’autres changements de paradigme sont indispensables. Ainsi, dans le contexte énergétique actuel, la sobriété énergétique constitue un levier non technologique, complémentaire de l’efficience énergétique. Ce concept de sobriété est encore trop souvent perçu négativement car associé à une perte de confort plutôt qu’à une qualité de vie réinventée. Baisser le thermostat et mettre un pull à la place, ne serait-ce pas finalement que du bon sens et une réactivation de réflexes perdus ces dernières décennies?

Croissance qualitative

Un autre changement à opérer concerne la durabilité, systématiquement assimilée à la décroissance plutôt qu’à une croissance qualitative, c’est-à-dire créer des emplois et faire du profit en remplaçant tout ce qui est actuellement polluant et inefficient par des technologies propres et rentables. Dans tous les cas, l’une des priorités dans la situation actuelle est de mieux communiquer sur les différents concepts et les innovations, pour remporter l’adhésion bien informée de la population.

Je citerai trois exemples parmi les nombreuses initiatives qui se développent dans ce sens. L’exposition itinérante La technologie peut-elle sauver le monde? développée par Présence Suisse, l’équipe de Nicolas Bideau, en étroite collaboration avec CleantechAlps, met en lumière, dans les ambassades suisses à travers le monde, l’expertise helvétique en présentant des solutions de start-up et PME innovantes, qui visent à rendre la société résolument plus durable. L’ambition est de créer un dialogue et d’initier des codéveloppements avec des partenaires locaux, en tenant compte des contraintes du contexte local. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons accélérer la création de solutions autour des grands défis environnementaux.

Autre exemple, la Fondation Solar Impulse a désormais labellisé plus de 1400 innovations à travers le monde (160 issues de notre pays) qui permettent, chacune dans son domaine, de réduire l’impact humain sur la planète. Ces solutions sont réunies dans un guide numérique qui permet aux personnes décrivant leurs besoins de sélectionner alors avec un maximum de pertinence les innovations les plus adaptées.

Dernier exemple, à Genève, la Fondation Nomads développe depuis 2018 des modèles d’innovation sociétale fondés sur la prospective. Son hub Futur des Jobs est articulé autour d’ateliers qui démocratisent la prospective – l’anticipation du futur à l’aide de scénarios potentiels – en y intégrant les aspects d’évolution technologique et surtout ceux liés aux usages. Je suis persuadé que ce modèle, principalement orienté sur l’évolution des métiers, est à répliquer à large échelle.

Essayons simplement de voir la situation actuelle comme une opportunité de changer enfin les choses et non pas comme un problème, mais oublions les dogmes du passé!

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