«La transition écologique: le temps de l’action»: 100 personnalités de Suisse romande étaient réunies début mai au Forum des 100 marqué par la présence d’un certain nombre de «décideurs» et par la publication d’un numéro spécial du Temps intitulé: «Terre brûlée». Mais pourquoi cette sensibilité récente à l’écologie avec une focalisation sur le climat qui incendierait la terre? Et pourquoi cette centaine de plaidoyers et d’engagements, selon différentes modalités, pour un «développement durable»?

Certes, depuis une bonne vingtaine d’années, les températures aussi bien estivales qu’annuelles sont en forte hausse. Selon les mesures globales fournies par le Service du changement climatique du programme Copernicus (ECMWF) et confirmées par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les quatre dernières années ont été à la suite les années les plus chaudes dans le monde depuis la fin du XIXe siècle: de 1880 à 2018, la température annuelle moyenne à la surface du globe est passée de 13,40 à 14,80.

Mais le réchauffement climatique n’est pas le seul en cause. Les constats quant à la dégradation de notre environnement s’accumulent: chute drastique de la qualité de l’air en particulier en milieu urbain, déforestation et appauvrissement des sols, pollution des océans par un plastique que l’on retrouve dans la chaîne alimentaire, pollution de l’air et des eaux par les hydrocarbures, forte réduction de la biodiversité, etc.

Capitalisme non démocratique

Longtemps contestée, l’influence des activités humaines sur les différentes atteintes subies par notre milieu de vie n’est plus remise en cause. Mais quelles activités? Que l’on désigne ou non ce moment comme le début de l’«anthropocène», il ne fait point de doute que le tournant décisif a été pris en Europe à l’aube du XIXe siècle. Déterminants ont été le développement et l’usage étendu des techniques à l’égard d’un milieu qu’à partir de Descartes on a objectivé en nature.

Fondé sur la propriété privée des moyens de production, le capitalisme n’a pas manqué de s’approprier les incontestables bénéfices matériels et sociaux de l’industrialisation; il les a soumis à sa loi, celle de la marchandisation des activités humaines et de ses produits pour la maximisation des profits financiers qu’il est possible d’en tirer.

S’impose donc la réappropriation par les communautés humaines de l’environnement avec lequel elles interagissent

De plus, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les Accords de Bretton Woods en particulier ont permis d’asseoir l’idéologie de l’économie (néo-)libérale comme principe de la vie en société. Par la focalisation sur une croissance dont les critères de mesure sont uniquement économiques et financiers, par l’institution en dogmes de la compétitivité et de la concurrence «libre et non faussée», le pouvoir est passé dans les mains de grandes entreprises multinationales, fondées sur un capitalisme libéré de tout contrôle politique et démocratique.

Productivisme néocolonial

Désormais placé sous le signe de l’innovation et de l’obsolescence programmée, ce productivisme d’ordre néocolonial va de pair avec une consommation sans cesse sollicitée par une publicité agressive et omniprésente. En plus des conséquences écologiques qui frappent avant tout les plus pauvres, le système contribue à creuser les inégalités: inégalités et discriminations sociales entre les individus, inégalités entre les pays détenteurs du capital et les pays dont on exploite le milieu et la force de travail tout en rapatriant les bénéfices dans de richissimes paradis fiscaux telle la Suisse.

C’est dire qu’environnementale, la crise est aussi sociale et politique. Y répondra-t-on par la décroissance? Ce serait faire fi des besoins matériels, ne serait-ce que du point de vue alimentaire, des plus pauvres. Ou par le développement durable? Ce serait ignorer les principes économiques et financiers qui fondent le mode de vie consommatoire que nous sommes parvenus à imposer à l’ensemble du monde, à notre profit. Ou en donnant à la Terre des droits qu’elle aurait à défendre? Ce serait instituer en personne un environnement qui ne saurait prendre la parole.

S’impose donc la réappropriation par les communautés humaines de l’environnement avec lequel elles interagissent. Nous façonnons notre milieu de même qu’il nous façonne: les perméabilités sont nombreuses; il s’agit de les maîtriser dans la perspective que l’on peut proposer en termes écosocialistes. Banques alternatives, coopératives, économie sociale et solidaire, associations citoyennes, les alternatives existent: «Changeons le système, pas le climat»!