Avec le confinement, beaucoup de personnes se sont interrogées sur le monde d’après, toutefois la majorité des réflexions n’a pas concerné le numérique. Cet écosystème et ses principaux acteurs sont sortis renforcés de la crise sanitaire. Le solutionnisme technologique continue de séduire certains dirigeants et consommateurs. La société s’organise et poursuit son développement au travers du numérique, sans pour autant questionner les nouvelles dépendances sociotechniques et vulnérabilités qu’il engendre. Les coûts écologiques et humains, les capacités de déstabilisation sociale, économique et politique du numérique sont encore insuffisamment pris en compte. De plus, peu de considération est accordé aux risques sanitaires et environnementaux liés à l’extraction polluante des terres rares, à leur traitement – séparation, raffinage, transformation –, au coût du transport lié à leur exportation – matériel brut – pour leur transformation, leur réexportation, leur importation en produits finis vers des pays consommateurs.

A la croisée des contradictions

Si les efforts déployés pour rendre le numérique plus durable, plus éthique, plus solidaire sont à saluer, ils ne permettent pas de répondre aux Objectifs de développement durable de l’ONU, rassemblés dans l’Agenda 2030, et à l’urgence climatique. Si le numérique peut faire partie des solutions pour le climat, il est également générateur de gaz à effet de serre, destructeur et consommateur de ressources naturelles et énergétiques. A la croisée des contradictions culturelles, environnementales et économiques, il est un catalyseur d’injonctions contradictoires: accélérer et ralentir la croissance numérique, consommer plus d’électronique et avoir plus de normes pro-environnement, disposer de plus de connexion, de plus de débit et réaliser une décroissance et désintoxication numériques.