Carla Hilber del Pozzo

Changer le monde? En commençant par soi

La semaine dernière, Genève accueillait Matthieu Ricard, moine bouddhiste, auteur, interprète du dalaï-lama, docteur en génétique cellulaire. Au carrefour de la philosophie, de la psychologie, des neurosciences, de l’économie et de l’écologie, écouter ou lire Matthieu Ricard est une invitation à agir, là où l’accumulation de constats angoissants alourdit notre quotidien. Notre chroniqueuse – spécialiste en philanthropie et formée au management du changement – nous parle de cette invitation concrète à changer le monde. En commençant par soi

Le monde change, les certitudes basculent, les recettes du passé atteignent leurs limites, les modèles économiques sont remis en question sans qu’aucune alternative durable n’émerge. Face aux conséquences visibles des changements climatiques, l’urgence est claire. Et l’envie d’agir côtoie le sentiment d’impuissance.

Dans le livre «Se changer, changer le monde», Matthieu Ricard, Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi offrent quatre regards sur le changement. Grâce à leurs propositions concrètes issues de l’expérience, la recherche scientifique, la pratique professionnelle, leurs pensées débouchent sur un ouvrage résolument énergisant!

Le constat central est que le changement commence par ce sur quoi nous avons l’influence la plus directe: soi-même. Or nous savons à quel point la tentation est grande de pointer du doigt ceux qui devraient changer (et qu’il est facile de rendre responsables du statu quo, par la suite).

Sans culpabiliser quiconque, les auteurs donnent les clefs pour faire aujourd’hui des choix en étant «pleinement conscient» de ce que nous sommes, de ce en quoi nous croyons. Elémentaire? Pas tant que cela. En effet, comment être proche de son essence quand notre concentration est constamment interrompue, en grande partie par la technologie qui a gommé toute notion de temps et de distance (messages entrants, bips, vibrations, rappels, fenêtres s’ouvrant à l’écran…). Comment être présents et attentifs quand une partie de notre esprit est déjà projetée vers le prochain rendez-vous, l’action suivante? Pensons, sans le dénigrer, au matérialisme et aux publicités qui promettent le bonheur pour le moment à venir où nous entrerons en possession de tel ou tel article. Cela nous rapproche-t-il de notre essence ou nous en distrait-il? Selon Christophe André, changer le monde, c’est nourrir son intériorité, par opposition à tout ce qui empêche notre cerveau de se poser, de réfléchir, de juger sur le fond et non sur la forme. Et parce que ce n’est pas simple, les auteurs proposent la méditation pour mieux aller vers les autres et contribuer au changement souhaité.

Avant d’avoir lu ce livre, j’avais toute sorte d’idées sur la méditation. Je pensais notamment que cela mettait dans une bulle, lissait les choses et les émotions au point de les rendre fades. A la recherche d’un meilleur équilibre et rassurée par la science, j’ai finalement décidé d’apprendre à méditer cet été, expérimenté la difficulté à gagner le calme, à accepter la lenteur, et aussi l’immense harmonie que cela procure. Progressivement, l’esprit devient capable d’écarter «les toxines mentales» telles que la jalousie, la peur, le jugement dont parle Matthieu Ricard.

Des études scientifiques établissent que 30 minutes de méditation quotidienne impriment une transformation durable du fonctionnement du cerveau, en particulier sur les zones liées aux émotions telles que la peur, l’anxiété, l’aversion, rendant le méditant plus enclin à l’empathie, à l’altruisme, à l’harmonie.

C’est ce qui fait affirmer à Matthieu Ricard que la transformation personnelle est donc possible.

Face à l’ampleur des défis qui nous attendent, je n’ai pas renoncé à apporter mon grain de sel: j’ai en revanche changé de salière en commençant par moi. Savoir naviguer entre vie très active et moments d’intériorité est une ressource infinie de clarté de pensée et de décision, de liberté d’action, d’harmonie avec soi et les autres. Ce dont le monde a bien besoin.

Carla Hilber del Pozzo, conseillère de fondations et d’entreprises, www.catalyco.ch et www.philanthropica.ch

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