Joan Baez pour les années 1960, Janis Joplin pour les sauvages seventies, Madonna la décennie suivante, puis Céline Dion, Rihanna et enfin Taylor Swift. A chaque décennie sa grande star féminine. A cette liste, on pourrait encore ajouter, de Patti Smith à PJ Harvey, des musiciennes qui ont écrit de belles pages du grand livre du rock alternatif. Mais, irrémédiablement, vient ensuite cette remarque: pourquoi l’industrie musicale compte-t-elle finalement aussi peu de femmes? Ou, plus prosaïquement: faut-il être un mec pour être une superstar traversant les âges?

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C’est ce que tendrait en tout cas à prouver la liste des artistes intronisés au fameux Rock and Roll Hall of Fame. Sur plus de 230 noms, le pourcentage de filles se monte à un petit 12%. L’univers du rap et des musiques urbaines, plus connu pour son sexisme que ses appels à l’égalité, est aujourd’hui confronté au même problème. «Dans l’espace francophone européen, 95% des albums de rap sont signés par des artistes masculins», écrivait la semaine dernière une collègue à l’occasion de la sortie d’un livre essentiel: Pas là pour plaire! Portraits de rappeuses.

Son autrice, Bettina Ghio, y relève que «ce problème d’invisibilité n’est pas l’exclusivité du rap, il existe à tous les niveaux de la société. Accuser le rap de misogynie, c’est une manière de minimiser la place et l’œuvre des rappeuses.» Que faire, dès lors, pour inverser la tendance? Plusieurs initiatives ont ces dernières années vu le jour, de même que les paroles se libèrent. Faut-il imposer des quotas? Ce n’est certainement pas la meilleure des solutions. Mieux vaut se montrer proactif.

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C’est notamment ce que fait Le Temps cette semaine en mettant en lumière les premiers efforts de trois musiciennes sortis durant la période de semi-confinement. Trois disques merveilleux qui ont toutes les chances de passer inaperçus si les médias ne parlent que des enregistrements des artistes qu’ils connaissent et qui, en marge d’un album événement – et par ailleurs fort réussi – de Taylor Swift, ont le plus souvent été réalisés par des hommes. Et franchement, The Weeknd a-t-il encore besoin qu’on parle de lui?

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L’an prochain, Paléo 2021 devrait s’ouvrir avec un jour d’avance sur un show de Céline Dion. Après une année de sevrage, la 45e édition de l’open air familial devrait être une extatique libération. Ne serait-ce pas l’occasion de rendre le monde de demain plus égalitaire que celui d’hier? En 2019, 18 artistes ont été mis à l’honneur sur la Grande Scène. Les femmes? Elles n’étaient que quatre…


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