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Chante, c’est du belge

Ce samedi, Roméo Elvis passe par l’Estivale d’Estavayer-le-Lac. Il y a quelques jours, sa sœur Angèle retournait le Paléo: mais ils sont doués, ces Belges!

Il y a une semaine, Angèle s’appropriait la Grande Scène du Paléo nyonnais pour un show en forme de manifeste pop, entre désinvolture assumée et textes générationnels. Ce samedi soir, Roméo Elvis prendra d’assaut la Grande Scène de l’Estivale staviacoise pour un concert en forme de fiesta rap, entre je-m’en-foutisme décalé et paroles qui disent le succès, l’ego et les doutes. Les deux artistes belges, 23 ans pour la première et 26 pour le second, ont en commun une carrière fulgurante, une aisance qui frise l’indécence et une écriture franche qui s’attaque sans fard à des questions sociétales et politiques. Ils sont surtout frère et sœur.

Rencontre avec Angèle: «Je ne sais pas trop bien parler, alors je chante»

«De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves», a écrit Jules César, ce qui a eu le don d’irriter deux fameux moustachus adeptes de potion magique. «Ils sont doués, ces Belges», pourrait aujourd’hui s’exclamer Astérix, tant la scène musicale de ce pays plus petit mais un peu plus peuplé que la Suisse est d’une folle vitalité. Je ne vais pas dresser ici l’inventaire des artistes qui, depuis Jacques Brel puis Arno et enfin Stromae, ont fait la grandeur de la Belgique, mais il est impossible de passer sous silence deux moments clés: la scène rock apparue dès les années 1990 dans le sillage de dEUS (Zita Swoon, Hooverphonic, Venus, Girls in Hawaii, Ghinzu, Soulwax) et la vague rap actuelle (Damso, Hamza, Caballero & JeanJass).

Mais la musique belge, c’est aussi les déflagrations industrielles de Front 242 et les ritournelles joyeuses d’Annie Cordy – ne riez pas, j’avais passé au début des années 2000 un délicieux moment avec cette chanteuse amatrice de music-hall et des big bands à l’américaine. Mais, dans le fond, pourquoi autant d’artistes belges arrivent à mener une carrière internationale tandis que leurs homologues helvétiques ont souvent toutes les peines du monde à s’exporter? Pour un Stephan Eicher, une Sophie Hunger ou un Slimka, combien de musiciens doués mais qui ne parviennent pas à s’imposer? En serait-il autrement si la Confédération faisait partie de l’Union européenne? Existe-t-il une fierté belge qui favoriserait les talents indigènes, tandis qu’en Suisse on aimerait perpétuer l’idée que nul n’est prophète en son pays?

Rencontre avec Roméo Elvis: «Le rap, c’est le nouveau rock»

A Estavayer-le-Lac, Roméo Elvis revendiquera en tous les cas ce soir sa nationalité et évoquera peut-être son amitié pour Slimka et ses acolytes de la SuperWak Clique. «Il y a chez les Suisses et les Belges une mentalité différente. Moins de pression sur nos épaules parce qu’on sera toujours les petits frères», me disait-il l’an dernier, tout en constatant que Paris reste le cœur de l’industrie. Ce qui n’est malheureusement pas près de changer.


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