Les pieds dans le plat

Le charbon crée de curieux clivages politiques!

OPINION. De l’Australie à l’Allemagne, en passant par les Etats-Unis, la transition énergétique divise les sociétés et transcende les clivages politiques anciens, explique notre chroniqueur David Hiler

La transition énergétique constitue le fondement même de la 4e révolution industrielle. Les nouvelles énergies (et leur utilisation rationnelle) sont amenées à jouer dans la quatrième révolution industrielle un rôle aussi important que celui du charbon et du pétrole dans les précédentes révolutions industrielles. Leur développement constitue évidemment une menace pour les secteurs économiques liés aux énergies fossiles.

Comme toute mutation technologique d’ampleur, la transition énergétique va entraîner à la fois une destruction et une création massives d’emplois. Les postes créés l’emporteront mais leur localisation sera différente et ce ne seront pas les mêmes métiers. Une véritable aubaine pour les populistes dont l’opposition à la lutte contre le réchauffement climatique est devenue, avec l’immigration et la sécurité, l’un des grands thèmes de campagne. La droite conservatrice et même, dans certains cas, les socialistes sont tentés de leur emboîter le pas.

Le cas australien

Le cas de l’Australie est particulièrement éclairant. Peu densément peuplé, disposant de vastes étendues désertiques et d’un climat particulièrement ensoleillé, qui se prêtent aussi bien à l’installation de centrales solaires que d’éoliennes, ce pays paraît prédisposé aux énergies nouvelles.

L’Australie pourtant est l’un des premiers émetteurs de gaz à effet de serre par habitant de la planète. Les énergies renouvelables ne représentent que 6,6% de la consommation d’énergie primaire. En 2013, le pays a aboli sa taxe CO2. Des installations particulièrement polluantes ont certes été fermées, mais le gouvernement soutient le projet d’une multinationale indienne d’ouvrir une nouvelle mine géante juste en face de la Grande Barrière de corail. Tout récemment, le gouvernement de Malcolm Turnbull (coalition des droites) a décidé de rejeter le plan Clean Energy Target (Objectif énergie propre), pourtant soutenu par 65% des Australiens, capitulant ainsi devant l’extrême droite et l’industrie du charbon.

L’Australie est évidemment un cas particulier puisqu’elle détient 12,7% des réserves mondiales et que son sous-sol regorge de pétrole, de gaz et d’uranium. La polarisation que l’on y observe est toutefois représentative. D’un côté, la droite conservatrice, majoritaire dans le gouvernement fédéral, défend, sous la pression des populistes, les énergies fossiles; de l’autre, la capitale, Canberra, veut dire adieu au charbon et s’est donné pour but que la totalité de son électricité provienne des énergies renouvelables en 2020!

Le renoncement allemand

Le phénomène est mondial. Aux Etats-Unis, il est généralement admis que le vote de l’Ohio, un Etat charbonnier en déclin, a joué un rôle essentiel dans l’élection de Donald Trump. La Floride subit des inondations de plus en plus violentes et 100 000 hectares de forêts sont partis en fumée dans la région de Los Angeles, mais Trump veut subventionner la production de charbon, au grand dam de la Californie et de la Floride, qui contribuent largement à la prospérité des Etats-Unis.

Depuis quelques mois, en Espagne, la décision de la multinationale ibérique Iberdrola de cesser d’exploiter les deux dernières centrales thermiques qui lui appartiennent a suscité de gros remous au sein du gouvernement Rajoy. Le ministre de l’Energie, soutenu par l’Asturien Javier Fernandez (Parti socialiste ouvrier espagnol), s’oppose à la fermeture de l’usine. Le souvenir des mobilisations des «gueules noires» en 2012, lors des coupes drastiques faites sur les subventions au charbon, joue certainement un rôle dans ce soutien.

En Allemagne, la volonté affichée par les syndicats et la social-démocratie de réaliser une transition énergétique sans casse, en échelonnant la fermeture des centrales à charbon, doit sans doute être comprise comme une volonté de ne pas céder trop de terrain à une extrême droite qui a le vent en poupe dans les régions. Quitte à renoncer, comme semble vouloir le faire la grande coalition, aux objectifs fixés pour 2020 en matière de réductions des émissions de gaz à effet de serre.

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