Comme un symbole des seniors au pouvoir, le prince Charles, 73 ans, sera proclamé roi ce samedi, deux jours après le décès de sa mère Elisabeth II. Le nouveau souverain aura la tâche délicate d’assurer la pérennité de la monarchie britannique, que la reine a si longtemps incarnée.

Alors que sa mère n’était pas née pour régner – elle a profité de l’abdication de son oncle puis a succédé à son père décédé –, Charles était destiné par son genre à monter un jour sur le trône. Il aura eu toute sa vie pour s’y préparer. Cela ne veut pas dire que le mal-aimé de la famille royale saura relever le défi.

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Les Britanniques se demandent ce que le monarque fera de son règne tardif maintenant que son heure est venue. Pour l’instant, le Royaume-Uni portera bien son nom dans le deuil d’Elisabeth II. Mais l’état de grâce ne durera qu’un temps. Charles III devra entreprendre de réformer la monarchie, si tant est qu’une institution reposant sur un pouvoir héréditaire puisse être modernisée.

Figure inamovible dans un monde incertain, Elisabeth II avait épargné à l’institution les remises en cause. A la fois familière et lointaine, la reine avait su garder une part de secret auprès de ses sujets. Une neutralité tout helvétique obligeait les commentateurs à interpréter les couleurs de ses tenues ou de ses chapeaux pour tenter de deviner son opinion sur les sujets qui déchiraient le royaume.

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Son fils n’a jamais bénéficié de ce bouclier, lui dont les turpitudes se sont étalées dans les tabloïds. L’ancien époux de feu la princesse Diana a désormais achevé sa traversée du désert. Il a refait un mariage, d’amour celui-ci, voilà qui était un peu plus moderne.

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Les premiers pas de Charles III

Contrairement à sa mère, Charles a aussi quelques convictions connues, comme la défense de la planète. La cause est essentielle et suffisamment consensuelle pour ne pas diviser davantage ses sujets. Mais il en faudra plus pour justifier son rôle et défendre ses palais, à l’heure où le pays entre en profonde récession.

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Les premiers pas de Charles III seront aussi observés dans le Commonwealth, dernier pan de l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Quatorze pays font toujours allégeance à la Couronne britannique. Mais plusieurs d’entre eux sont tentés par la république. D’autres réclament des comptes à l’Angleterre pour les crimes de la colonisation ou de la traite des esclaves.

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Cet homme grandi dans l’ancien monde saura-t-il comprendre ces revendications et éviter les faux pas, alors que son propre fils et son épouse ont fui une famille royale accusée de racisme? La rénovation de cette relation nécessitera des gestes forts. L’enjeu fait écho à la place que le Royaume-Uni veut retrouver dans le monde, après avoir tourné le dos à l’Union européenne. Le slogan «Global Britain» cher aux brexiters et à la nouvelle première ministre, Liz Truss, n’est pas dénué d’ambiguïtés. Le terrain est là aussi miné. S’il ne veut pas juste se contenter d’assurer la transition jusqu’à la prochaine passation de pouvoir, Charles III se verra contraint de faire rapidement preuve d’audace.

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