Rédemption

Charles ou Marilyn? Les réseaux se trompent de Manson

Le criminel Charles Manson meurt, les internautes regrettent le chanteur dont ils oublient le prénom. Ce matin à l’aube, il y a eu méprise

Surprise. Ce matin à l’aube, la nouvelle du décès de Charles Manson est diffusée sur la Toile. On s’attendait à des soulagements, voire des ultimes insultes à son encontre. Ce fut tout le contraire. Sur Twitter, les hommages pleuvent. Charles Manson, celui qui a plus vécu en prison qu’en liberté.

Celui à qui l’on doit l’épilogue sanglant de l’assassinat de Sharon Tate, la deuxième épouse de Roman Polanski, ainsi que de ses convives dans la demeure de Cielo Drive à Los Angeles. Charles Manson, osons le dire, enfin, est mort. Et, surprise, les réseaux lui réservent le même traitement que pour celui réservé à John Lennon, Jim Morrisson ou Leonard Cohen. Ce lundi matin, même Charles Manson a eu droit à son «RIP Charles Manson».

Ce ne sont que trois lettres qui souhaitent en latin par Requiescat in pace de reposer en paix au défunt. Exprimées par des mortels, ces trois lettres peuvent être considérées comme un appel aux entités de l’au-delà pour qu’elles fassent preuve de bienveillance envers l’âme qu’elles s’apprêtent à recevoir. Sur les réseaux, c’est du moins ainsi que l’on semble aimer saluer l’envol d’une créature terrestre. Mais jusqu’à aujourd’hui, pas n’importe qui y avait droit. Les réseaux sont déroutants. Ils rendent un hommage même aux personnes qui ne le méritent pas. Ont-ils raison? On s’interroge. Tout le monde a-t-il droit à son salut? Ira-t-on tous au paradis? Pardonner rend-il plus léger?

Le prix du RIP

Soit. Ce matin, on se retrouve alors à chercher les bons côtés de ce Machiavel des sixties. Il aimait les Beatles. Il jouait de la guitare. Il prenait moins de drogues que les membres possédés de sa «famille». Mais cela vaut-il un RIP?

Il a fallu que quelques heures passent. Et enfin, parmi le flot de déférences réservées au criminel au front orné d’une croix gammée, certains internautes se sont réveillés: «Des gens écrivent R.I.P. Charles Manson… Vous prenez quelle drogue? Pourquoi pas des «Hitler on pense à toi», ou «Jack l’éventreur, on ne t’oublie pas»?», questionne @laurentfebay sur Twitter. Quant à @vveaponXmen, il s’adresse, lui, à la Toile entière: «Vous êtes sûrs que Charles Manson mérite de reposer en paix? J’ai quelques doutes, moi…»

C’est qu’en fait, il y a eu un quiproquo. Au petit matin, les usagers des réseaux avaient sans doute la mémoire encore vaporeuse. Charles Manson, le criminel, a été confondu avec Marilyn Manson, le rockeur gothique. A condition que ça lui arrive parfois, cette méprise a d’ailleurs bien dû faire rire l’artiste. Lui qui est né Brian Hugh Warner a justement choisi son sobriquet en mémoire à Charles Manson, incarnation selon lui du mal et donc, selon lui toujours, une source d’inspiration.

Rest in Hell

Alors les réseaux sortent de leur torpeur. A l’erreur, on préfère prétexter le deuxième degré. «Mort de Charles Manson», annonce @MagicKerviel, «c’était un meurtrier, mais il faisait quand même de la bonne musique.» Et au Rest in Peace, on favorise un Rest in Hell, qui semble mieux convenir au défunt.

Jusqu’au bout, la double personnalité aura hanté l’esprit de Charles Manson. Les psychiatres de la prison de Corcoran en Californie, où il a croupi jusqu’à la fin de ses jours, avaient diagnostiqué chez lui une schizophrénie paranoïde. Peut-être était-ce une espièglerie de Belzébuth, car même mort, c’est la disparition d’un autre que regrettent les réseaux.

Dans l’après-midi, sur la Toile, les forces du mal et du bien ont regagné leurs camps respectifs. En fin de compte, le Diable n’aura pas droit à sa place au paradis. Car non, les réseaux n’offrent pas le bon Dieu à quiconque sans confession et les yeux fermés. Mais parfois, ils se trompent.

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