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Charlot à la guerre, la Suisse en grève

CHRONIQUE. Le deuxième canal de la RTS diffuse dimanche soir le documentaire «1918: L’affrontement de la grève générale». Sa vision permet de comprendre les fondements de la Suisse moderne

Le 20 octobre 1918, Charlie Chaplin dévoile Charlot soldat, un long court métrage dans lequel son personnage de petit vagabond se retrouve dans les tranchées. Comme lorsque dans les premiers temps du second conflit mondial il réalisera le chef-d’œuvre humaniste qu’est Le dictateur, il y dénonce l’absurdité de la guerre. Une vingtaine de jours plus tard, le 11 novembre, l’armistice est signé, les forces alliées crient victoire. Plus jamais ça, se dit-on alors. Mais l’homme a cette faculté rare de ne pas retenir les leçons de l’Histoire, de la même manière qu’il est aussi passé maître dans l’art de détruire la planète qui l’accueille.

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Et pendant ce temps, dans la paisible Confédération helvétique… Il y a un siècle, alors que s’achevait la Première Guerre mondiale, la Suisse se préparait à la grève générale de 1918, qui paralysera le pays du 12 au 14 novembre. Peut-être parce qu’il est attiré par tout ce qui touche à la contre-culture et à la contestation, le réalisateur Frédéric Hausammann s’est intéressé aux événements de l’automne 1918 de la même manière qu’il avait raconté le destin de la Dolce Vita, club alternatif lausannois né au milieu des années 1980 des revendications du mouvement Lôzane Bouge. Son documentaire 1918: L’affrontement de la grève générale est diffusé dimanche soir sur RTS Deux, et il a le mérite d’expliquer concrètement le pourquoi du comment d’un épisode dont vous avez comme moi sûrement entendu parler, mais sans jamais véritablement vous y intéresser. Son film, c’est un peu «la grève générale pour les nuls», et c’est bien pratique.

Déconstruire les clichés

Derrière la carte postale d’une Suisse bucolique avec ses vaches et ses montagnes, il y a la réalité d’un pays fortement industrialisé. Un pays avec ses travailleurs et ses grèves, à l’image des employés des tramways genevois, protestant en 1902 contre des licenciements destinés à satisfaire les actionnaires américains de la compagnie. Dès le début de son doc, Frédéric Hausammann déconstruit certains clichés, fait mentir le fameux «c’était mieux avant». Il raconte ensuite ce qui mènera à novembre 1918, les ouvriers en colère, le patronat protégeant ses arrières, les militaires dans la rue, le Comité d’Olten et les gardes civiques.

La grève générale a vu l’échiquier politique se polariser, avec la création du Parti communiste et celle des partis paysans et bourgeois, précurseurs de l’UDC. Au moment même où l’Europe pensait à sa reconstruction naissait en quelque sorte la Suisse moderne. Faire une infidélité à Netflix pour regarder le film de Frédéric Hausammann est un acte citoyen. Connaître d’où on vient pour savoir où on va, cet aphorisme n’est pas un cliché.


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