A première vue, on aurait pu croire à une installation d’art contemporain: des bancs publics lourdement grillagés afin que plus personne n’y puisse accéder:

Dès l’installation de l’étrange (dans un premier temps) dispositif, c’est la curée sur la Toile, à l’image de ce tweet:

Et il ne faut pas long pour que la polémique s’installe, d’abord dans les médias locaux, à l’image de la Charente libre qui ouvre même un fil d’actualité en continu pour suivre l’évolution de la situation et qui recueille les avis, contrastés, des habitants. Il y a ceux qui sont consternés, comme Jacques Guerville-Dévaud: «C’est une honte on se croirait dans un goulag honte pour la ville d’Angoulême et ses dirigeants.»

Il y a ceux que la mauvaise réputation faite soudain à Angoulême pousse à demander la démission de l’édile responsable de la décision, comme celui-ci: «Le maire d’Angoulême a fait preuve d’une totale incompétence en matière de communication et de gestion de l’image de la ville. Par les répercussions médiatiques de sa légèreté, il a nui durablement à la réputation de la cité. Il doit en tirer les conséquences politiques et présenter sa démission.»

Et puis il y a ceux, nombreux, que la décision n’offusque en aucune manière, bien au contraire: «Lamentable polémique de toutes ces vierges effarouchées qui font semblant de confondre SDF et marginaux violents, agressifs, en rupture complète et volontaire avec la «société». Toutes ces autruches maniaques du clavier qui savent toujours ce qu’il faudrait faire mais ne font jamais rien. Et ces pauvres journaleux qui continuent à construire l’autoroute pour Le Pen.»

Ou cet autre encore: «Il ne manque plus qu’une intervention de BHL et on aura le pompon des pompons des pseudo-écolos, psycholos, economos, intellos, socios de la planète et tout ça pour la décision d’un maire qui veut gérer la faune locale. D’un autre coté ces marginaux peuvent aller dans une autre ville.»

On l’aura compris à la lecture de cette dernière intervention, la polémique a vite pris un tour national: les grillages de la discorde, lance Le Parisien, qui commente: «Ce jeudi, plusieurs grillages ont été recouverts d’affiche sur lesquels on pouvait par exemple lire «Indignons nous!» «Les grillages d’Angoulême en direct sur Europe 1 et RMC», observe La Charente libre. Libération constate: «A Angoulême, ce n’est pas Noël pour tous. Et surtout pas pour les sans-abri.» Le Figaro analyse: «Reste que les bancs «encagés» ont suscité un flux de réactions sur les réseaux sociaux, ou sur le site de La Charente Libre, qui a révélé l’information. Certains internautes applaudissant, d’autres dénonçant une «indignité locale» en période de Noël, d’autres enfin soulignant qu’incivilités, bagarres, mendicité agressive, «empoisonnent le Champ-de-Mars depuis des années», mais que ces «horribles grillages» ne sont peut-être pas la solution.»

Et le maire dans tout cela? Scélérat pour les uns, défenseur de la ville pour les autres, il s’est fendu d’une mise au point publiée sur Facebook: «Neuf bancs attenants à la verrière de la galerie du Champ-de-Mars, sur la trentaine que compte la place, ont été grillagés pour devenir des panneaux en gabion. Il s’agit d’une installation paysagère contenant des galets, qui s’inscrit dans l’esthétique minérale du lieu. Cet aménagement est en cours et je comprends qu’il puisse, en l’état, susciter l’interrogation de certains de nos concitoyens. Je regrette que les travaux aient commencé à la veille de Noël. Cette mesure, prise en concertation avec les commerçants, ne vise aucunement les SDF, mais les marginaux qui se livrent à une alcoolisation récurrente, et les trafiquants de stupéfiants qui «squattaient» ces bancs en interdisant l’accès au grand public. Elle s’inscrit dans un dispositif global qui comprend le renforcement des patrouilles de la police nationale et municipale avec des cadencements quotidiens, la vidéo-protection, le nettoyage des trottoirs deux fois par jour à proximité de l’entrée de la galerie du Champ-de-Mars, mais aussi une médiation sociale auprès des sans-abri, dont une vingtaine ont déjà été accompagnés par la municipalité.»

Ce Noël, la section locale du Front national applaudissait, comme nous l’apprend la Charente Libre qui publie le communiqué de presse de la section locale: «Le Front national de la Charente, une fois n’est pas coutume, soutient cette action de la municipalité d’Angoulême concernant la condamnation des bancs au Champ-de-Mars. Il s’agit d’une mesure de bon sens visant à stopper les graves troubles à l’ordre public perpétrés chaque jour par des marginaux et dealers en tous genres. Ils pourrissent la vie des commerçants et riverains quotidiennement.» Le parti d’extrême droite conclut quand même par un tacle à l’encontre du maire. «Finalement, l’UMPS finit par adhérer aux constats et solutions du Front national. J’aurais préféré que le maire, M. Bonnefont, fasse preuve d’un peu plus de courage et réponde à ses détracteurs sans «faux-fuyants», sans excuses fallacieuses.»

Un communiqué plus policé que le statut du même responsable départemental, qui écrivait sur Facebook: «Je n’ai pas pour habitude de défendre l’UMPS. Mais pour le coup, la municipalité d’Angoulême, en condamnant les bancs publics du Champ-de-Mars a bien fait: les pauvres SDF ne sont que de jeunes imbéciles tendance anarchiques qui pourrissent la vie des Angoumoisins en buvant jusqu’à l’ivresse et en troublant tous les jours l’ordre public avec leurs chiens.»

La prise de position, on l’a dit, date d’hier (jeudi). Gageons qu’elle devra être révisée aujourd’hui, puisque, comme nous l’apprend l’Agence France-Presse, «la ville d’Angoulême, dans le sud-ouest de la France, a démantelé à la suite d’une controverse des grillages installés à la veille de Noël sur des bancs publics pour décourager les sans-abri de s’y installer. Les grillages installés pour condamner les bancs sur une place attenante à une galerie marchande ont été démantelés jeudi soir «provisoirement» et «par mesure de sécurité», a indiqué vendredi la mairie, tenue par le parti de droite UMP. […] Mais la mairie compte réinstaller ces grillages à une date ultérieure, et les remplir de pierres ou de galets pour en faire un aménagement paysager.»

Depuis aussi, la chanson de Brassens connaît un regain d’intérêt sur YouTube…

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