Le moins que l'on puisse attendre d'une banque qui a reçu près de 2 milliards d'argent public pour se sortir d'une vilaine passe est un comportement irréprochable dans le règlement de cette dette. Tel ne semble pas avoir été le cas à la Banque Cantonale Vaudoise.

Tandis que le Grand Conseil débat ce mardi du remboursement des bons de participation émis en 2003 par la BCV – à des conditions que d'aucuns jugent peu favorables à l'Etat de Vaud, qui en a souscrit la quasi-totalité –, il apparaît que, parmi la poignée d'individus ayant également acquis ces titres, figure un membre éminent du conseil d'administration de la banque. Il bénéficiera, comme les autres détenteurs privés, d'un traitement différent de celui proposé au canton (dans son cas, les bons sont convertis en actions, dont la valeur a explosé ces derniers mois) et réaliserait ainsi un enrichissement personnel de plusieurs dizaines de milliers de francs.

On se trouve ici dans un conflit d'intérêt caractérisé. Ce haut dirigeant ne pouvait ignorer que sa fonction lui interdisait de figurer parmi les gagnants potentiels de l'opération. Cette première erreur s'est doublée de dissimulation: quand Le Temps s'est renseigné sur d'éventuels conflits d'intérêt, on lui a assuré qu'il n'y en avait pas. On découvre le contraire aujourd'hui, et la proposition formulée… lundi soir par la direction de verser d'éventuels bénéfices personnels «aux bonnes œuvres» trahit bien l'embarras de la BCV.

Gênante en soi, l'affaire soulève un malaise plus général. Dans ce dossier, les représentants de l'Etat qui auraient dû la mener en position forte ont plutôt agi ou été traités en quémandeurs obéissants. La BCV détenait les informations clés, menait le bal et commandait elle-même l'expertise pour jauger l'équité de l'opération. «Dans le canton de Vaud, le pouvoir reste à la place Saint-François [ndlr: siège de la BCV], pas au Château», résume un proche du dossier.

C'est précisément ce genre de rapports de force qui a conduit la BCV, il n'y a pas si longtemps, à vouloir jouer la grenouille qui se veut aussi grosse que le bœuf. On sait ce qu'il est advenu de cette belle assurance. Après le traumatisme 2002-2003, les autorités cantonales avaient juré qu'on ne les y reprendrait plus.

Les députés vaudois seraient mal venus d'avaliser le remboursement qu'on leur propose avant que toute la transparence ait été faite.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.