Revue de presse

Le chat suisse «Büsi» anime Times Square durant tout le mois de février

Pour l'association Times Square Arts, l'imperturbable matou noir et blanc de Fischli et Weiss lapant son écuelle de lait tous les soirs de février peu avant minuit s'inscrit dans le cadre des animations nocturnes de l'année 2016. Effet apaisant garanti

Peu après le Nouvel An, Times Square avait déjà offert un soir un concert pour chiens, aux sons perceptibles par eux seuls et où des dizaines d’entre eux avaient aboyé lors d’une manifestation pensée par l’artiste expérimentale Laurie Anderson. Eh bien, après les canidés, ce sont leurs cousins les félidés qui sont à l’honneur.  Entre 23h57 et minuit tous les soirs de février, le chat Büsi se délecte de lait sur 15 écrans géants en cet endroit qui est l’un des plus célèbres et des plus animés au monde.

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L’initiative fait partie de la série «Midnight Moment», organisée par la fondation Times Square Arts, précise The Verge. Il s’agit d’une vidéo déjà ancienne, Büsi (Kitty), «tournée il y a 15 ans par les deux artistes zurichois Peter Fischli et David Weiss dans le cadre de l’installation Untitled (Venice Work)». Sa réapparition à Times Square est due à la rétrospective du duo artistique helvétique qui s’ouvre ce vendredi au Musée Guggenheim, How To Work Better. L’extrait diffusé «montre, pendant trois minutes, un chat noir et blanc qui observe calmement le monde devant son bol de lait, imperturbable»:

«Nous voulions être capables de rendre chaque soir de l’année excitant, déclarait en octobre 2015 Sherry Dobbin, directrice de Times Square Arts», au site australien News, que cite le magazine en ligne Slate. Je ne me lasse pas de regarder l’émerveillement sur le visage des gens, quand ils se rendent compte de ce qui est en train de se produire autour d’eux. Ils ont la même expression de joie que s’ils assistaient à une pluie de météorites.» «New York, you can be so wonderfully strange», renchérit chriswelch sur Instagram.

Pour Sherry Dobbin, «le chat de la vidéo de février représente le triomphe quotidien que chacun de nous ressent quand, vivant dans la densité de cette métropole, au cœur de la frénésie médiatique, il prend son temps». Büsi avait «déjà contemplé les milliers d’humains grouillant» en 2001 au cœur de New York, où il avait «été projeté sur l’Astrovision, mythique écran central et vertical de Times Square».

Cette mise en scène s’inscrit pleinement dans l’esthétique des «deux funambules zurichois de l’art contemporain» qui, depuis la fin des années 1970, ont fêté «avec ironie les petits riens de la vie quotidienne», disait notamment l'un d'eux dans un entretien publié par Le Temps il y a presque dix ans. «En dépit des critiques, nous ne voulons pas nous fermer à la splendeur et à la magnificence, […] [avec] cette question: puis-je retrouver mon innocence? Vous allez sur une plage magnifique avec palmiers et coucher de soleil, vous prenez une photo; d’un côté vous pensez que c’est génial, mais au fond de vous-même vous savez que ces clichés sont rabâchés. Mais c’est là qu’est le pathos. Et nous voulons occuper une position au milieu, légèrement tiraillée entre les deux.»

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«Depuis 2012, la fondation Times Square Arts loue chaque jour trois minutes de diffusion sur 15 panneaux publicitaires de Times Square pour y diffuser de l’art contemporain», explique Metro Belgique. «Parmi les précédents artistes exposés figurent notamment Andy Warhol, Björk et Yoko Ono», lit-on sur RTS Info. Mais cette fois, le site de Russia Today relève le coup de génie qu’il y a à rabâcher le thème du chat, exploité à outrance sur le Net, «trois minutes durant». D’ailleurs, la presse se prend au jeu, puisque Metro US file une métaphore orwellienne dont la pérennité ne se dément pas: «In Times Square, the cat watches you.»

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Et l’on ne peut y résister! On s’arrête forcément devant cette vidéo, constate l’Irish Examiner. Et Le Huffington Post Canada rappelle que Fischli avait expliqué en 2001 que «faire quelque chose qui soit plus spectaculaire que l’ordinaire de Times Square aurait été impossible. Nous voulions faire quelque chose de très simple et de très tranquille: c’était une démarche logique pour nous.» Faire «de l’ordinaire», en somme, pour tenter une sortie de la permanence de l’extraordinaire. De sa dictature?

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