Quand une ingénieure en intelligence artificielle a perdu son meilleur ami il y a quelques mois, elle a créé un chatbot, un logiciel conversationnel, composé de tous ses textos et de ceux qu’il avait envoyés à ses proches. Des amis et des membres de sa famille y compris ses parents, ont accepté de contribuer à son projet. Ensemble, ils ont alors réuni plus de 8000 lignes de texte couvrant une grande variété de sujets, capturant à la fois son style et sa façon de penser.

Pour Eugenia Kuyda, pouvoir continuer à avoir des échanges – même fictifs – avec son ami l’a aidé dans son processus de deuil. Mais elle reconnaît que cette formule n’est pas pour tout le monde, car elle peut au contraire accentuer la douleur de certains. «Mon intention n’était pas de ressusciter un mort», a-t-elle expliqué dans l’IB Times, «mais de palier le silence, suite à sa disparition soudaine».

Ce type de «grief bot» ou bot commémoratif, s’il devait se généraliser, soulève néanmoins des questions éthiques sur l’utilisation posthume des legs numériques des particuliers. Pas sûr que chacun soit prêt à ce que tous ses textes soient envoyés à ses amis, rassemblés en une seule base de données, consultables par tous.

Mais imaginez que ces informations soient utilisées dans un autre contexte, pour enseigner par exemple. Imaginez que des étudiants puissent débattre de l’interprétation d’un sonnet de Shakespeare avec le Barde lui-même, ou, poser une question à George Washington concernant un article de la Constitution américaine.

Ce n’est plus de la fiction

Il ne s’agit pas de science-fiction, raconte le magazine Quartz: des chatbots «d’éternité augmentée» sont actuellement en cours de développement par le professeur Hossein Rahnama à l’Université Ryerson et au MIT Media Lab. Alimenté par les écrits produits par un personnage tout au long de sa vie, ils seront capables de traiter ces données, puis d’avoir des échanges sous forme de conversation, en reproduisant au mieux les expressions et le raisonnement de l’auteur. Les étudiants pourront alors l’interroger sur un fait d’histoire, sur son œuvre et même le consulter sur des événements survenus des années après sa mort, d’actualité récente, puisqu’ils seront conçus pour intégrer de nouvelles informations.

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