La démocratie n'est pas le pire des systèmes, mais Winston Churchill, qui n'en voulait pas d'autre, lui trouvait quand même quelques défauts. Ils sont très apparents, pour un jour encore, dans la campagne américaine. L'enjeu de la Maison-Blanche – qui pourrait ne tenir qu'à quelques poignées de voix – est tel que les discours des adversaires ressemblent maintenant à de bizarres objets préfabriqués. Depuis le vendredi soir de Ben Laden, c'est à qui sera le plus féroce avec «les terroristes». John Kerry ajoute: impitoyable et intelligent. Mais le démocrate redoute surtout de céder un pouce sur ce terrain au président, qui a fait de la guerre sa principale arme électorale.

Personne, donc, n'écoute le chef d'Al-Qaida. Avec naturellement de bonnes raisons: peut-on avoir autre chose que du mépris pour un homme qui a ordonné, depuis plus de dix ans, des dizaines d'attentats qui ont fait, souvent au hasard, des milliers de victimes? Mais mépriser l'ennemi est toujours une erreur.

Que dit Ben Laden? Il affirme que la guerre a commencé, pour lui, avec l'occupation du Liban par Israël. Elle continuera tant que la «sécurité des musulmans sera menacée». Et s'il y a déjà eu, comme le dit une étude américaine, 100 000 morts civils en Irak, personne ne peut s'étonner que l'opinion arabe et musulmane tienne le clandestin pour un héros. Et personne ne pourra inverser cette conviction par la persuasion ou par la force.

Les Etats-Unis devront bientôt affronter ce problème de front: comment mettre fin à la guerre irakienne, comment retirer les troupes? Il est possible que les républicains aient eux-mêmes à répondre à ces questions qui deviendront, après le 3 novembre, plus pressantes chaque jour. Mais jusqu'à demain soir, la seule chose qui compte, c'est de trouver la clé de la Maison-Blanche.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.