Editorial

Les chefs de l’économie se parlent? On aimerait le sentir davantage

Entre economiesuisse et l’USAM, le style et les intérêts divergent. Certains projets ou réformes essentiels pour l’économie ou la société peuvent pâtir de ces rivalités

L’échec de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) est dû à la conjonction de plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, il ne faut pas minimiser la campagne musclée menée par l’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui n’aura pas contribué au succès de cette réforme fiscale, bien au contraire.

La provocation, l’exagération, le détournement d’image font partie de l’ADN de l’association faîtière des petits patrons depuis la prise d’influence de l’UDC. L’arrivée à sa direction d’un libéral-radical, Hans-Ulrich Bigler, qui porte en lui ces mêmes gènes en a achevé la mue stratégique. Désormais, l’USAM, qui dispose d’un trésor de guerre jamais divulgué mais que l’on devine considérable, est capable de mener des campagnes aussi dures qu’homériques.

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Cela a failli marcher avec la révision de la loi radio-TV. Seule contre tous, et surtout contre economiesuisse, elle a failli faire échouer cette loi en 2015. En pleine campagne pour les élections fédérales, Hans-Ulrich Bigler a semblé mener un combat personnel contre la TV alémanique.

La blessure du 9 février

Ce presque-succès a peut-être donné à l’USAM un sentiment de toute-puissance qui expliquerait les exagérations de la campagne sur la RIE III. Mais ces excès ont ravivé d’anciennes blessures, qui remontent à l’adoption de l’initiative sur l’immigration en février 2014. Ce scrutin a rapproché economiesuisse de l’Union patronale suisse. L’une se préoccupe des grands thèmes politiques significatifs pour l’économie, l’autre se concentre sur les questions relevant du droit du travail et du partenariat social. Et ça semble bien fonctionner. Mais il a, en parallèle, accentué les rivalités avec l’USAM.

Il n’est pas néfaste que les faîtières de l’économie aient des visions différentes des grands enjeux politiques. C’est même souhaitable. Les besoins des grandes entreprises exportatrices ne sont pas les mêmes que ceux des PME. En revanche, lorsque leurs rivalités s’affichent au grand jour, certains projets ou réformes essentiels pour l’économie ou la société peuvent en pâtir. Si d’autres raisons en expliquent l’échec, c’est ce qui est arrivé à la RIE III.

D’autres projets pourraient subir le même sort. Il faudra surveiller de près la renaissance, inévitable, d’une nouvelle réforme fiscale des entreprises. L’USAM, cela lui a déjà été reproché par divers acteurs politiques, a verrouillé l’affaire d’entrée dimanche, en excluant immédiatement une éventuelle adaptation de l’imposition des dividendes.

Il faudra surveiller de près la Stratégie énergétique 2050. Le soutien des organisations faîtières, confrontées à des divergences de vues internes, est encore fragile. Il faudra surveiller l’initiative «No Billag», que l’USAM utilisera pour tenter de démanteler une SSR envers laquelle economiesuisse se montre moins critique. Il paraît que leurs dirigeants se voient régulièrement pour se coordonner sur les grands enjeux de politique économique. On aimerait que cela se sente davantage.

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