Chaque jeudi de l'été, «Le Temps» adresse une lettre à un personnage public pour discuter la brûlante question de la masculinité.

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Cher Stan Wawrinka, Stanimal,

Quelle carrière! Dans l’ombre de Roger, les projecteurs suisses t’ont souvent laissé au deuxième plan. Injustement. Tu serais un monument dans n’importe quel autre pays. Trois titres du Grand Chelem (Andy Murray a été anobli par la reine avec la même statistique), une médaille olympique en double, la Coupe Davis, seize titres en simple. Ton palmarès est stratosphérique. Pas mal pour un joueur dont Swiss Tennis avait jugé le niveau insuffisant pour intégrer le centre de formation de l’élite nationale. Une erreur, vu ce magnifique revers.

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J’ai regardé presque tous tes matchs. Toutes les finales en tout cas. J’ai sué devant l’écran quand tu étais en difficulté, levé le poing quand tu gagnais, débouché le champagne en famille quand la Suisse a défait la France à Lille en 2014. Je t’ai vu en vrai aussi, une fois à Genève. Et j’avoue même un crime de lèse-majesté: quand tu affrontais Federer, je tenais plutôt pour toi. Si le Bâlois finissait par l’emporter, je n’en pleurais pas. Mais j’ai toujours aimé voir le lion manger le dompteur. Et quel revers.

Tes sautes d’humeur tennistiques ont parfois suscité la critique. Mais qui ne s’énerve pas sur un court? Le médiocre joueur de tennis que je suis a lui-même perdu ses nerfs à de nombreuses reprises, fracassé deux raquettes dans sa «carrière» et boudé des après-midi entières après une défaite. La pression sur tes épaules n’est pas la même, les journalistes ont parfois la critique facile et puis… «Stan Wawrinka, allez-vous regarder Roger jouer tout à l'heure?» Les raisons de s’agacer sont multiples. La qualité de ton revers demeure.

Intéressé par l’homme derrière le stanimal, j’ai décidé de te suivre sur les réseaux sociaux. J’y ai découvert beaucoup de photos de toi torse nu, pas mal de steaks sur des barbecues mais surtout ton amour inconditionnel pour les farces potaches. Des compilations de blagueurs qui se poussent dans l’eau, remplissent le pot de moutarde d’un colocataire avec du lait pour qu’il ruine son sandwich ou encore jettent un caca de chien dans la bouche d’un congénère qui pensait attraper au vol un petit fruit. Une vidéo intitulée «Comment séduire une femme avec classe» aussi, qui montre – à mon avis – le contraire. Tu postes aussi des blagues avec Kev Adams, cet ami humoriste qui semble apprécier tes smashs dans le postérieur. Et puis, ces derniers jours, j’ai appris que tu produisais un film titré MDR et passais tes vacances avec Cyril Hanouna. Quel revers.

Vivement le retour de la compétition.

Sportivement,

Boris Busslinger

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