Le vainqueur du premier tour des élections présidentielles françaises a été Nicolas Sarkozy. Le vainqueur du second tour sera connu dimanche soir. Si les sondages disent vrai - ce ne sont pas eux qui font l'élection -, ce devrait être Nicolas Sarkozy.

Mais pour l'heure, le vainqueur de l'entre-deux-tours est François Bayrou. Non pas tant pour ce qui apparaît à la surface des eaux, à savoir cette conférence de presse mercredi où il a capté toutes les caméras de France et du monde, distribuant bons et mauvais points, ou pour son omniprésence médiatique en surfant sur l'organisation d'un inédit débat avec Ségolène Royal. Le battu triomphant par son refus buté de quitter la scène agace prodigieusement Nicolas Sarkozy.

François Bayrou s'est subtilement engouffré dans l'espace vide laissé par le duel gauche-droite en prolongeant cette inspiration centriste qui l'habite depuis plusieurs années. Et tant pis si les députés de son camp se rallient à Sarkozy par conviction ou par opportunisme, il enfonce le clou. Il ajuste, explique, au besoin accentue sa diabolisation du candidat de la droite. En apparence, cela a l'air très incohérent. Mais mû par sa volonté de transformer les sept millions de voix du premier tour en force nouvelle pour les élections législatives de juin, Bayrou fait bouger les lignes. Il crée bien davantage qu'un nouveau parti. Il envisage l'éventualité d'un échec de Ségolène Royal qui lui a ouvert la porte pour préempter tout l'espace du centre et du centre gauche. De la sorte, il se prépare naturellement à devenir la force d'opposition à Nicolas Sarkozy qu'un Parti socialiste battu peinera à incarner.

Pris dans le tourbillon Bayrou, la famille socialiste est aujourd'hui ébranlée. Regardez les appels de Jacques Delors et de Bernard Kouchner. Regardez aussi les émois de la gauche radicale et dogmatique, comme le traduisent les déclarations de Mélenchon ou d'Emmanuelli. En cas d'échec de sa candidate, le PS devra se refonder vers le centre. Donc vers Bayrou et l'espace social-démocrate. Stratégie gagnante? A vérifier le 6 mai.

La faille possible? C'est qu'un général sans armée (sans députés), ça ne pèse pas lourd. Mais surtout que, à force de flirter avec la gauche, il ne favorise une défaite de Nicolas Sarkozy, son pire ennemi. Ségolène Royal à l'Elysée, il n'aurait alors plus la main. Et l'espace qu'il s'est ouvert se refermera.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.