Du bout du lac

Chers candidats, bien du plaisir!

OPINION. Maintenant que le MCG est devenu orphelin, pour qui vont voter les râleurs de Genève? Notre chroniqueur s'inquiète

«Vous en avez marre, votez MCG». Puisque c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes, le Mouvement Citoyens genevois a choisi la continuité, avec un copié-collé de son slogan de toujours, celui des années de vaches grasses. Seul le point d’exclamation a disparu des affiches. Signal d’embourgeoisement ou limites de la pagination dans QuarkXPress? On ne le saura jamais.

Retraites, assurances, frontaliers, punaises de lit, démangeaisons cutanées, insomnies ou ananas dans la pizza Honolulu: vous en avez marre (prononcez maaarre, en laissant le aaa remonter dans la cavité nasale, par l’arrière du palais), votez MCG. Dans le monde d’hier, quand le Mouvement marchait comme un seul homme derrière son «Lider maximo», il aurait raflé 15% des suffrages. Au bas mot. Quand les Genevois en ont marre – et ils en ont tout le temps marre –, ils aiment bien donner les clés du bus à celui qui râle le plus fort, surtout s’il a l’accent des Pâquis.

C’est comme ça depuis quinze ans et ça l’était déjà il y a plus d’un demi-siècle, jusqu’à la fin des années 1980. Ceux qui en avaient marre en avaient marre des Italiens et des fonctionnaires internationaux, ils votaient Vigilance, qui chatouillait les 20% en 1985. Les Genevois qui en ont marre ont besoin de confier leur ras-le-bol (autre slogan récurrent) à celui qui l’écrit noir sur blanc sur son programme, et vous allez voir ce que vous allez voir.

Le MCG, variable d'ajustement

Bizarrement, il a toujours été d’usage d’être chamboulé quand le MCG, hier, ou Vigilance avant-hier, s’offrait un carton électoral et une représentation bien fournie dans un parlement, ne fût-il que cantonal. Genève devenait alors ingouvernable, plus rien ne serait jamais comme avant, les femmes et les enfants d’abord.

Bizarrement disais-je, parce qu’en fin de compte, les députés «y’en a marre» ont toujours fini par devenir, pour la gauche comme pour la droite, un groupe à rallier pour former des majorités, au gré des objets à l’agenda. Ce qui relève du fonctionnement normal de tout parlement qui se respecte.

C’est aujourd’hui qu’il y a peut-être lieu d’être chamboulé. Parce que personne ne sait ce que les Genevois qui en ont marre vont faire de leur bulletin fâché. Sans son champion, le MCG n’existe plus vraiment que dans l’imaginaire de ceux qui pensent lui avoir survécu. Le champion, lui, s’affiche sous les couleurs du Parti bourgeois-démocrate, dont il est déjà parvenu à faire exploser la section cantonale. Et la très helvétique UDC peine encore et toujours, en terres genevoises, à accommoder la Bratwurst et les cardons.

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Dans deux semaines, faute de râleurs en ordre de bataille, les Genevois en auront donc marre tous azimuts dans le secret de l’isoloir. Chères candidates, chers candidats, bien du plaisir!


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