Les fronts ont enfin bougé dans l’impitoyable partie d’échecs que se livrent la Suisse et la Libye. A l’issue de longues et délicates manœuvres d’approche, Berne et Tripoli ont procédé à un échange de pièces: un cheval contre un fou; Rachid Hamdani aux Suisses, Max Göldi aux Libyens.

L’objectif du Conseil fédéral de récupérer les deux otages n’est que partiellement atteint. Seul l’homme d’affaires helvético-tunisien devrait pouvoir quitter aujourd’hui la Libye. En revanche, le calvaire de son camarade d’infortune continue. Sa reddition n’est consentie par les autorités helvétiques qu’à contrecœur et seulement parce que l’espoir existe que son renvoi dans une geôle libyenne ne durera pas.

A première vue, Tripoli marque un petit point. La punition infligée à un homme innocent, une vengeance injuste et ignoble censée laver l’affront fait au fils Kadhafi lors de son arrestation à Genève, suggère que le pouvoir libyen continue de se moquer de la Suisse. Mais Berne peut se féliciter d’avoir réussi à internationaliser la cause des deux otages. Deux arbitres – l’Espagne et l’Allemagne – encadrent le conflit et poussent les deux acteurs à négocier. Sur place, les Etats-Unis, la France et les Pays-Bas endossent un rôle d’observateurs. Ils surveilleront notamment que les conditions de détention de Max Göldi seront acceptables, donc conformes aux engagements qu’a dû prendre Tripoli.

Cette attention internationale a désormais une résonance médiatique. Les grands journaux occidentaux ont tous consacré des articles aux otages suisses. L’Agence France-Presse ne rate plus un épisode, rappelant à chaque fois l’origine du conflit: les violences faites par le fils Kadhafi et son épouse à leurs domestiques. C’est déplaisant pour le colonel et son clan, tout comme les restrictions de visas pour l’espace Schengen sont gênantes pour les privilégiés du régime.

Alors, un petit avantage psychologique à la Suisse? On voudrait le croire. Pour Max Göldi et pour en finir avec cette partie indigne.