Sur un ton chaleureux et bien intentionné, tous les médias romands ont annoncé la nouvelle: la Suisse compte désormais sa première «zone à défendre», ZAD pour les intimes, rattrapant ainsi son retard, alléluia! Mais que signifie cette occupation du territoire et en quoi met-elle en danger nos institutions?

Un jeu d’influence

Petit rappel des faits. Holcim exploite une carrière à Eclépens depuis soixante-sept ans. Elle désire l’agrandir en utilisant une partie de la colline avoisinante, dont elle possède les terrains. Des associations écologistes ont déposé un recours au Tribunal cantonal vaudois, qui les a déboutées le 26 mai 2020 et a délivré une autorisation d’exploiter. Notons que la Commission cantonale pour la protection de la nature (CPNN) avait été préalablement consultée et qu’elle avait préavisé favorablement, moyennant notamment des compensations écologiques au terme de l’exploitation.

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Un ultime recours datant de la fin de juin est actuellement à l’étude au Tribunal fédéral pour casser cette décision et Holcim attend donc le verdict pour aller de l’avant ou pour se rabattre sur une autre solution. Jusqu’ici, rien à redire, car les voies juridiques utilisées par l’Association pour la sauvegarde du Mormont (ASM) sont légales et doivent être respectées.

Alors, pourquoi cette ZAD, qui, faut-il le rappeler, est une occupation illicite dans un Etat de droit qui protège la propriété privée? Ecoutons ce qu’en disent les zadistes: «Face à la lenteur de l’action juridique, à l’impunité des multinationales, à l’absence de lois permettant de défendre réellement la nature, nous occupons…»

Accuser de lenteur le Tribunal fédéral qui n’est saisi que depuis trois mois, c’est parfaitement fallacieux

En réalité, ce collectif cherche à influencer le cours de la justice, à mettre les juges sous pression et à entraver l’exécution du jugement qui sera rendu: «Nous voulons rester jusqu’à ce que le projet d’extension de la mine soit annulé.» Rien n’est plus contraire aux principes fondamentaux de notre démocratie, qui repose sur le respect des décisions de justice. Cela ne les empêchera pas, s’ils doivent être expulsés, de pousser de hauts cris, de dénoncer l’iniquité qui les frappe et de témoigner de brutalités policières qui occuperont la une des journaux.

Les recoins de notre bienveillance

Or qui sont ces zadistes? Il suffit de lire leur charte pour comprendre: «Le collectif ne prétend pas répondre sans fautes à tous ses idéaux d’inclusion, de maîtrise de la médiation ni de détenir l’ensemble des réflexes et des fonctionnements non oppressifs. Cette charte vise à créer un imaginaire de la communauté en perpétuel requestionnement et dans une dynamique d’autocritique…» Derrière ce charabia très connoté se cachent des gens qui prétendent appartenir «à des mouvements sociaux divers et venir d’horizons politiques variés», mais assènent pourtant: «Nous luttons contre l’économie productiviste mondiale et sa course au profit. Et comme nous souhaitons traiter les problèmes écologistes à la racine, nous sommes anticapitalistes.» Voilà qui est dit.

Le but avoué de l’ASM est que Holcim «cesse son exploitation et laisse le Mormont tranquille», tout en affirmant par ailleurs qu’elle ne «cherche pas à nuire aux salarié.e.x.s», alors que plus de 100 personnes se retrouveront au chômage si l’entreprise décide de déménager. Il convient enfin de savoir que le mouvement, qui dit s’inspirer d’autres occupations en France et en Allemagne, est très clairement soutenu par ses homologues mondialisés. Le journal 20 minutes indiquait même qu’un «collectif de cuisiniers bénévoles venus de l’étranger» leur prêtait main-forte pour les problèmes de cantine. Quelle organisation.

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Ce qui se passe dans le Gros-de-Vaud est dangereux et cette petite ZAD bien sympathique est en réalité une bombe à retardement. Il est urgent de déloger ces idéologues qui, exploitant tous les recoins de notre bienveillance, cherchent à détruire notre Etat de droit. Le laxisme ne sert à rien qu’à les voir proliférer, l’exemple de nos voisins le prouve à l’envi!

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