«Je suis assez flatté. On parle beaucoup de moi, ces jours, en territoire genevois. On analyse ce que je coûte, ce que je représente. Et des politiciens, enfin des politichiens, contestent la pertinence d’un impôt (minime) lié à mon destin. Vraiment épatant. Je savais qu’on comptait pour nos propriétaires, mais réaliser qu’on peut provoquer autant de chenil public, ça fait chaud à l’ego.


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C’est mérité, cela dit. On est toujours là, sympa, joyeux à l’idée d’une balade, fidèle inconditionnel, compagnon des joies et des peines, etc. Pas capricieux comme le chat de la voisine qui trucide plein d’oiseaux menacés et me nargue en passant devant la fenêtre, altier, alors que j’attends le retour de mon maître, «coucouché» dans mon panier.

Les tueurs, une hommerie

Je ne suis pas un chien de race, mais j’ai du panache. J’ai conscience de ma prestance. Et puis je suis un sujet. J’existe tellement! A la maison déjà. Pas un jour sans que mon maître me consulte sur le choix d’une fringue ou d’une fille. Je suis LE confident, canin et canon. Et à l’extérieur, quand je sors, c’est l’émeute ou plutôt les meutes. Lorsque je me jette à l’eau dans l’Arve, je les vois, les autres toutous et leur propriétaire, envier mon élan conquérant et complimenter mon maître, qui n’en peut plus de fierté.

Je fais ça, je crée du lien. En parlant de moi, de nous, les humains parlent entre eux et d’eux. Ce que j’aime par-dessus tout? Venir me secouer trempé au pied de mon maître alors qu’il est accompagné. Tout le monde crie, rit, me regarde faussement fâché. C’est un grand classique chez nous: la faute immédiatement pardonnée. Sauf pour les cabots tueurs. Pas de bol. On les a éduqués au crime et, après, on les flingue pour leur agressivité. On appelle ça une hommerie, ces incohérences humaines. Comme vous, vous diriez une chiennerie…

Je suis un super-héros

Je crée du lien et on s’attache à moi. Tellement. Je la sens cette confiance sang pour sang. D’ailleurs, mon maître n’arrête pas de me répéter que «moi, au moins, je ne le décevrai pas». Grosse pression. Ni son patron, ni ses amis, ni ses amours ne peuvent en dire autant. Je suis une béquille en acier trempé. Un pilier, façon Notre-Dame, avant l’incendie.

Et je ne mourrai jamais. Car, vous le savez bien, vous, qui avez un toutou: on pleure un parent, sincèrement, mais on vit avec son départ, on apprend. A l’inverse, je connais une flopée d’humains qui ne se sont jamais remis de la mort de leur chien...

Du coup, c’est flatteur, mais un peu vexant aussi, ces aboiements pour 50 ou 100 francs d’impôt, alors que, pour mon maître, je suis plus qu’un ami, un frère. Je suis un super-héros.»


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