Le Conseil d’Etat ne s’invitera pas dans les salons des Genevois. Depuis que Mauro Poggia, ministre cantonal de la Santé, a dit vouloir rendre obligatoire l’annonce des réunions privées pour mieux lutter contre le coronavirus, les partis sont vent debout. Ils multiplient les déclarations où la solennité le dispute à l’emphase. Au point qu’il serait étonnant que, mercredi, le gouvernement cantonal confirme sans la modérer sa volonté de disposer de la liste des invités aux fêtes entre amis et de les interdire au-delà d’une certaine taille.

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Vu l’unanimité des réactions négatives de la part des élus genevois – un phénomène rare dans un monde qui aime cultiver les fractures – le Conseil d’Etat semble bien avoir franchi une ligne rouge, celle qui protège la sphère privée et la vie familiale. Chez les plus remontés, les envolées rhétoriques ramènent à un temps où l’Etat fédéral fouineur dressait des fiches sur les citoyens jugés déviants.

Les élus ont le devoir de douter des décisions du Conseil d’Etat. C’est même pour cela que les citoyens les ont choisis. Mais dans cette saine interrogation, eux aussi sont soumis à une limite. Au-delà des effets oratoires, ces oppositions sont peu constructives. Certaines versent dans un populisme qui sape le débat démocratique.

Depuis huit mois, une certaine homogénéité a permis à la Confédération de limiter les dégâts. Cette unité se fragilise au moment où les chiffres remontent fortement. Les Suisses ont accepté des mesures autrement plus intrusives qu’une limitation dans l’organisation d’agapes privées. Le Conseil fédéral s’en est pris à la liberté de réunion elle-même, au plus fort de la crise. Pourquoi ce projet genevois ne passe-t-il pas? Un ras-le-bol gagne la population devant la ténacité du virus. Depuis que la responsabilité de la lutte est redescendue de la Confédération aux cantons, trop d’incohérences affaiblissent également l’action publique face aux habitudes pendulaires des Suisses. A l’heure où personne ne souhaite un nouveau confinement, voilà ce à quoi cette pandémie devrait pousser l’intelligence collective: tester les limites du fédéralisme en inventant des collaborations entre les cantons et entre les différents niveaux de pouvoir.