«Le vent forcit», mais «Swatch garde le cap», résume le portail Arcinfo de la presse neuchâteloise. Et pose la question: «A la peine dans l’essentiel des marchés mondiaux, le groupe […] subit-il les effets du franc fort et les incertitudes de la géopolitique, ou est-il au contraire rattrapé par le succès des montres connectées? Les analystes divergent.»

En attendant, il prévoit «un rebond au second semestre». Il se montre optimiste, malgré six premiers mois bouclés avec un bénéfice net en chute de plus de moitié (-52%), à 263 millions de francs. Le chiffre d’affaires du groupe horloger et microtechnique a, lui, reculé de 11,4% à 3,72 milliards. Conclusion du Quotidien jurassien: «Le fléchissement horloger s’aggrave.»

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«Un premier semestre à oublier», donc, titre le site Boursier.com. Mais «tout est-il noir?» se demande le journal de Delémont. «Globalement, la consommation reste élevée dans un contexte international trouble toujours marqué par la surévaluation du franc suisse. Ce constat doit encourager les horlogers à ne pas baisser les bras», même si «les craintes sont surtout tournées vers les indépendants, isolés et dont l’assise est fragile». Critique: ils «ont attendu de longs mois pour prendre la mesure du ralentissement. Mais aussi pour répliquer. Prises de court par l’émergence des montres connectées, beaucoup de marques ont tergiversé sur le message à diffuser. Les équipes marketing des grandes maisons seraient bien inspirées de repositionner leurs produits là où ils doivent être: des produits horlogers de précision et d’exception.»

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«L’horlogerie n’a jamais connu de pareilles divergences de vue», titre pour sa part L’Agefi. «Le groupe Swatch est seul à répondre à la crise du luxe par la logique industrielle.» Alors, «faut-il s’inquiéter»? Si «les chiffres sont clairement mauvais, […] la réponse semblait assez confuse, […] près d’une semaine après un «profit warning» qui a ébranlé tout le monde» – «une vraie douche froide», ont commenté Les Echos.

Mais pour l’heure, «aucun programme de réduction de coûts, aucune suppression de poste. Poursuite des investissements dans les stocks et les nouveautés, malgré un inventaire déjà à un niveau record et malgré des ventes en baisse abrupte. Expansion sélective du retail. Maintien de l’effort marketing. L’attitude pourrait passer pour une provocation – assez dans le style de Nick Hayek. La position contraste en tous les cas avec la concurrence.» Plaît à la gauche et suscite de jolis commentaires:

«La baisse s’explique par la mollesse des ventes qui se poursuit à Hongkong, mais aussi en France et en Suisse»: au Monde, le directeur général explique qu'«avec les attentats, les touristes ont peur et se tournent vers d’autres destinations». Il accuse aussi «les bureaucrates européens» d’avoir imposé aux Chinois des visas biométriques pour venir en Europe. «Ce que l’Europe ne demande pas par exemple aux Syriens», note-t-il. Cette mesure constitue «une catastrophe», selon lui.

L’Est républicain réagit aussi à ces chiffres attristants en écrivant que «le groupe, installé à Boncourt près de Delle pour drainer la main-d’œuvre frontalière qui fait défaut en Suisse», décèle «à moyen et long terme, beaucoup plus d’opportunités que de risques». Alors, demande-t-il, «simples contractions des marchés ou véritable crise horlogère sur fond de mutation technologique vers l’ère digitale?» Pas d’alarme, en tous les cas, «pour l’avenir des grandes marques horlogères qui ont les moyens de faire le dos rond. Mais à quel prix pour les sous-traitants et les petits ateliers?»

Et de rappeler la récente sortie du bois du désormais chenu paternel de la Swatch, Ernst Thomke, dans un entretien à la Schweiz am Sonntag: «L’horlogerie suisse a commis l’erreur de considérer la montre intelligente comme un simple gadget», dit-il. «Les 4357 caractères ou l’équivalent d’une bonne page A4 de communiqué officiel», ironise Finanz und Wirtschaft, suffiront-ils à rassurer les investisseurs? Il semblerait que non si l’on en juge par la chute du cours de bourse depuis l’avertissement. Espoir, cependant, du côté du Royaume-Uni, où la chute de la livre sterling après le Brexit devrait «booster les ventes», indique le Financial Times.

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«On peut tordre et interpréter ces chiffres comme on veut, le résultat est décevant», estime enfin la Neue Zürcher Zeitung. En réaction, semble s’amuser le quotidien zurichois, «Hayek place ses espoirs dans les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, qui donneront un nouvel élan à la marque Omega», petite phrase que souligne aussi le Wall Street Journal. En d’ajouter que le «swiss made» à 60% a des avantages et des inconvénients: «Avantage pour Swatch Group» peut-être, mais, «beaucoup plus petites, les marques indépendantes jugent qu’il est difficile de répondre aux normes strictes». Rendez-vous dans six mois.