Roche ne fabrique plus de vitamines, Syngenta ferme un centre de recherche basé sur la technologie chimique, Clariant licencie pour n'avoir pas su se tourner suffisamment tôt vers des produits synthétiques à haute valeur ajoutée, Novartis a vendu la marque Ovomaltine et installé son pôle principal de recherche aux Etats-Unis, près du marché mondial en plus forte croissance.

Ces informations, distillées ces derniers mois, n'ont a priori pas de lien entre elles. Pourtant, elles indiquent une profonde mutation structurelle. La chimie traditionnelle bâloise est morte. La Suisse, concurrencée par l'Irlande, l'Inde ou la Chine, n'est plus l'endroit adéquat pour inventer de nouveaux produits chimiques simples et faire tourner des sites de production de masse. Un pan de l'histoire industrielle suisse est discrètement tombé en quelques années.

Il ne sert à rien de se lamenter, d'autant que le phénomène commence à s'étendre au secteur pharmaceutique. La ligne de démarcation porte aujourd'hui un nom: biotechnologie. Autrement dit, dès qu'un médicament est simple à fabriquer, il a toutes les chances, comme ce fut le cas pour l'industrie automobile, de voir sa production transférée à l'Est ou au Sud-Est… asiatique.

Une nouvelle fois, la Suisse est condamnée à se développer dans le haut de gamme, là où la complexité du produit exige de la créativité, du savoir-faire et une finesse d'exécution supérieure. La biotechnologie a logiquement trouvé un terrain fertile en Suisse. A l'ombre des géants Novartis, Roche et Serono éclosent une multitude de petites entreprises. La valeur de la place biotechnologique suisse a été confirmée mercredi par le projet d'investir 400 millions de francs dans une nouvelle usine à Bâle.

Mais le fil qui relie le génie de la recherche, privée et publique, à l'application industrielle reste fragile. Sans un fort soutien étatique à la formation, sans appui ciblé à la création d'entreprises, sans adhésion de la population aux nouvelles technologies, les efforts individuels peuvent rapidement devenir vains dans un environnement où la concurrence n'est plus nationale voire européenne, mais mondiale. La Suisse dispose de tous les atouts pour faire oublier la mort de son industrie chimique traditionnelle. Il suffit de les utiliser et de les développer à bon escient. Dans ce contexte, l'élément clé est sans doute l'impérieuse nécessité d'assurer l'avenir en redonnant ses lettres de noblesse à la formation scientifique, notamment en biologie, dès le niveau secondaire. Les applications commerciales liées à la génétique feront alors sans doute moins peur.

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