Nouvelles frontières

Lundi, en Chine, ce sera fête nationale. La République populaire aura 63 ans. Le 1er octobre 1949, Mao Tsé-toung proclamait du haut de la porte de la Paix céleste, qui domine la place du même nom, «la Chine s’est relevée!». Cette année, pour célébrer, le Parti exhibera son premier porte-avions. C’est en fait un vaisseau construit par les Russes à la fin de l’ère soviétique, racheté à l’Ukraine. Les Chinois leur avaient dit qu’ils en feraient un casino flottant à Macao. Il se nomme désormais le Liaoning (du nom de la province du nord-est du pays où il mouille) et son inauguration, en début de semaine, a valeur de puissant symbole pour l’Armée populaire de libération en ces temps de quasi-Guerre froide avec le voisin japonais.

Mais avant de partir en vacances cinq jours (on appelle cela une «semaine d’or», car il s’agit de relancer la consommation par le tourisme et le shopping), les Chinois ont eu droit à des éclaircissements longtemps attendus de la part de leurs dirigeants. Réuni vendredi, le Bureau politique du Parti communiste chinois a pris deux décisions. Premièrement: Bo Xilai, fils de Bo Yibo, compagnon d’arme de Mao, est exclu du Parti et sera jugé par un tribunal civil. Il est accusé de manquements graves à la discipline du parti: corruption, abus de pouvoir, participation à la dissimulation d’un meurtre, fréquentations multiples et inappropriées de femmes, etc. Son jugement prochain sera l’épilogue du plus grand scandale politique chinois de ces 20 dernières années. Sa femme, Gu Kailai, qui a assassiné un homme d’affaires britannique, a déjà été condamné à la peine de mort avec sursis. Son ancien bras droit et super flic qui s’était retourné contre lui, Wang Lijun, a pris 15 ans de prison. L’énoncé des crimes de Bo Xilai lui vaudra, non pas la peine de mort (c’est un «prince rouge»), mais une longue privation de liberté.

Cette décision – sévère à l’aune des sanctions internes réservées aux membres du Parti – peut être lue comme une forme de victoire pour l’équipe Hu Jintao/Wen Jiabao et plus généralement comme celle du camp des réformes économiques face aux conservateurs et à la nouvelle gauche dont Bo Xilai était le héros. Elle est surtout le signal qu’un nouveau consensus a été trouvé à la tête du Parti, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour la stabilité du pays en cette période de difficultés économiques et de troubles géopolitiques.

La deuxième décision importante, qui découle de la première, fixe enfin la date du prochain congrès du PCC: ce sera le 8 novembre, deux jours après les élections américaines. Le scénario initial – le remplacement de Hu Jintao par Xi Jinping à la tête du parti, de l’Etat et de l’armée, et celui de Wen Jiabao par Li Keqiang à la tête du gouvernement – devrait alors être confirmé pour ce qui sera le principal changement de personnel politique depuis dix ans.

Les Chinois vont donc pouvoir partir en vacances l’esprit plus tranquille, le «centre» réaffirmant son autorité, avec un calendrier. A moins qu’une nouvelle campagne politique ne les mobilise dans l’un de ces exercices d’affirmation de loyauté au Parti. C’est ce que laisse entendre la dépêche d’agence de Chine nouvelle qui relaye les annonces du Bureau politique. On peut y lire qu’afin de «maintenir la nature et la pureté avancée du Parti», les cadres communistes vont devoir tirer les enseignements de «l’exemple négatif de Bo» pour «promouvoir la capacité du Parti de purification de soi, d’amélioration de soi et d’innovation de soi». Cela peut sembler du chinois, mais pour un Chinois c’est limpide: on va vers une reprise en main de la société ces prochaines semaines.

Les plus de 80 millions de membres du Parti vont devoir «rectifier les tendances malsaines dans la sélection des officiels». Il est vrai que les accusations de corruption contre Bo Xilai portent sur plus d’une décennie durant laquelle il a été successivement chef du Parti de la ville de Dalian, puis de la province du Liaoning, ministre du Commerce et enfin chef du Parti de la ville de Chongqing et membre du Bureau politique. Le dégât d’image est énorme. L’expulsion de ce membre impur donne le ton du prochain conclave du plus grand parti politique du monde.

Les Chinois vont partir en vacances l’esprit plus tranquille, le «centre» ayant réaffirmé son autorité