Nous, Chinois, sommes choqués par les provocations de Shinzo Abe

Le 26 décembre 2013, faisant fi de la ferme opposition de la Chine et d’autres pays, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, est allé se recueillir au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les criminels japonais de guerre de classe A. Par cette visite, Shinzo Abe cherche en fait à réhabiliter les invasions perpétrées par les militaristes japonais. Cette visite, qui constitue un défi flagrant aux acquis de la Seconde Guerre mondiale et à l’ordre international établi après la guerre sur la base de la Charte des Nations unies, a profondément blessé les sentiments des peuples victimes des invasions des militaristes japonais et de leur colonisation dans l’histoire, et fait l’objet bien sûr de la condamnation unanime de la Chine, des pays asiatiques et de toute la communauté internationale.

Le sanctuaire Yasukuni est non seulement le pilier spirituel des militaristes japonais dans leurs invasions et expansions extérieures au cours de l’histoire récente, mais il est aussi une sorte de quartier général des droitistes, où ceux-ci tentent de ressusciter le militarisme après la Seconde Guerre mondiale.

Les pays asiatiques ont beaucoup souffert des guerres d’invasion des militaristes japonais et de leur colonisation. Cependant, le sanctuaire Yasukuni honore les bourreaux sanguinaires de la guerre comme des «saints». La soi-disant «vision du sanctuaire Yasukuni sur l’histoire», qui déforme l’histoire sans scrupule, est pleine de mensonges. Les pays et peuples asiatiques exècrent les visites des hommes politiques japonais au sanctuaire Yasukuni et décrivent ces visites comme des «visites aux démons».

Le peuple chinois n’oubliera jamais le traumatisme et les énormes souffrances causés par les envahisseurs japonais. Pendant la guerre de résistance contre l’invasion japonaise, plus de 35 millions de Chinois ont été tués ou blessés. La perte économique directe subie par la Chine a dépassé 100 milliards de dollars américains alors que la perte économique indirecte a dépassé 500 milliards de dollars américains. Dans la province du Jiangsu, ma province natale, quelque 300 000 personnes ont été tuées par les soldats japonais dans le massacre de Nanjing, d’une cruauté extrême. Même à ce jour, les terribles souvenirs des exactions et des atrocités perpétrées par les envahisseurs japonais ne sont jamais lointains. Je me souviens très bien que, quand j’étais petite, ma grand-mère m’a raconté à plusieurs reprises que, pour fuir les soldats japonais, elle avait été souvent obligée de se déplacer et de se cacher avec les enfants. C’était justement au cours de ces innombrables exodes que ma tante, encore dans les langes, a été blessée aux yeux par les buissons.

Parmi les 14 criminels de guerre de classe A vénérés au sanctuaire Yasukuni, 13 sont directement responsables de la guerre d’agression contre la Chine. On y trouve non seulement Iwane Matsui, bourreau responsable du massacre de Nanjing, mais aussi deux généraux qui ont perpétré des massacres de grande ampleur au Myanmar et aux Philippines, tels que le massacre de Manille. Le fait que Shinzo Abe soit allé au sanctuaire Yasukuni pour vénérer ces bourreaux constitue un mépris et une profanation des âmes des Chinois et Asiatiques innocents tués par les envahisseurs japonais.

Le fond du problème du sanctuaire Yasukuni est de savoir si le gouvernement japonais est capable de faire un profond examen de conscience sur le passé d’invasion et de colonisation par les militaristes japonais. Que Shinzo Abe soit allé se recueillir au sanctuaire Yasukuni envers et contre tout montre bien qu’il est droitiste et qu’au Japon, il y en a encore qui rêvent de s’engager dans la voie du militarisme.

Depuis sa prise de fonctions il y a un an, Shinzo Abe n’en est déjà pas à sa première provocation vis-à-vis de la communauté internationale. Il a nié publiquement le procès de Tokyo en disant que «les jugements n’ont pas été rendus par les Japonais, mais rendus par les alliés vainqueurs de la guerre». Il s’est dit «fier de l’histoire japonaise». Il a également déclaré qu’il n’y avait pas encore de conclusion finale sur la nature des invasions et colonisations menées par le Japon et que tenir la tête à la Chine est une «contri­bution» apportée par le Japon au monde entier. Il n’y a pas longtemps, dans son discours à l’occasion du Nouvel An 2014, Shinzo Abe a encore plaidé pour la révision de la Constitution pacifiste du Japon. Tous ceux qui sont épris de la paix ne peuvent s’empêcher de se demander: où est-ce que Shinzo Abe veut emmener le Japon?

Le refus de regarder en face l’histoire et de reconnaître les graves dégâts infligés par les guerres d’invasion et la colonisation japonaises aux autres pays est à l’origine de l’absence d’entente entre le Japon et ses voisins. Un Japon qui refuse de reconnaître, voire déforme et instrumentalise son passé d’invasion suscite bien sûr la haute vigilance et la forte inquiétude de ses voisins et de toute la communauté internationale.

Le peuple chinois souhaite développer des relations d’amitié et de bon voisinage normales avec le peuple japonais. Lors de la normalisation des relations entre la Chine et le Japon en 1972, les dirigeants chinois ont pris la décision importante de renoncer aux réparations de guerre de la part du Japon, car nous estimons que la responsabilité de la guerre doit être imputée à une poignée de militaristes japonais et que le peuple japonais en est aussi victime. Mais Shinzo Abe refuse de reconnaître la responsabilité du Japon dans l’histoire et persiste à vénérer les criminels de guerre. Cela ébranlera et même renversera la base politique des relations sino-japonaises.

Les acquis de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre international d’après-guerre ont été obtenus au prix des vies et du sang du peuple chinois et des peuples du monde entier. Les agissements de Shinzo Abe sont en train de conduire le Japon dans une direction dangereuse. Nous ne pouvons pas le ­laisser engager le Japon dans cette mauvaise voie, ni le laisser faire monter la tension en Asie-Paci­fique et contester, voire renverser l’ordre international d’après-guerre. Nous entendons travailler ensemble avec les autres pays du monde pour défendre la justice historique. Dans le même temps, nous recommandons à Shinzo Abe d’arrêter de se bercer d’illusions et de changer de conduite, sinon, il ferait les frais de ces propres erreurs.

Ambassadeur de Chine en Suisse

Le peuple chinois n’oubliera jamais le traumatisme et les énormes souffrances causés par les envahisseurs japonais