Nouvelles frontières

La Chine qui dicte son agenda

Le secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, fait le ménage. Sur le plan interne, la campagne anticorruption, sans précédent depuis les années 1950, va se poursuivre en 2015. Car le parti serait menacé par les gangs, affirment les médias chinois. Désormais, il ne s’agit plus simplement d’éliminer, jusqu’aux plus hauts échelons du régime, des personnalités qui se trouveraient sur le chemin du président. Xi Jinping déclare la guerre aux «cliques», aux «bandes» et aux «groupes» au sein du pouvoir qui pourraient contester l’autorité du «centre», c’est-à-dire la sienne. Le climat de terreur qui a gagné les rangs du parti depuis une année devrait s’intensifier.

Ces méthodes musclées pour régenter l’ordre interne vont trouver leur traduction sur le plan international. Fin 2014, le comité central s’est en effet réuni en groupe de travail pour évoquer la politique étrangère. La dernière fois, c’était il y a huit ans. Or, là aussi, le ton change sensiblement. Après être restée durant des décennies en retrait – selon le précepte de Deng Xiaoping du taoguang yanghui ou «rester dans l’ombre pour mieux briller le moment venu» – la diplomatie chinoise va opérer un virage stratégique. Autrement dit, le temps de briller est venu.

Selon les comptes-rendus de cette réunion qui ont filtré par bribes dans la presse officielle ces dernières semaines, plusieurs changements significatifs des priorités en matière de relations internationales sont à l’ordre du jour. Ils doivent refléter la nouvelle puissance économique, politique et militaire du pays.

Fin 2014, le FMI déclarait que la Chine, en parité du pouvoir d’achat, était devenue la première économie mondiale devant les Etats-Unis. Jamais, depuis Mao Tsé-toung, un leader chinois n’était parvenu à prendre le contrôle de l’appareil du parti comme est en train de le faire Xi Jinping. L’armée chinoise grignote par ailleurs son retard sur les Etats-Unis, même si, dans ce domaine, l’écart demeure important.

La Chine s’estime à présent mûre pour jouer un rôle plus affirmé dans le concert international. Cela signifie essentiellement trois choses.

Premièrement, Pékin va se concentrer sur son voisinage afin de le pacifier et l’intégrer, non seulement sur le plan économique, mais également sécuritaire. Les Etats qui collaborent seront récompensés. Ceux qui freinent seront incités à coopérer. Ceux qui rechignent se feront taper sur les doigts. On peut y voir une forme de doctrine Monroe à la chinoise appliquée à l’Asie de l’Est. Pékin sera l’ordonnateur de cet espace, comme il le fut jusqu’à la chute de l’empire.

Fini de se focaliser sur les Etats-Unis et les puissances industrielles, comme ce fut le cas dans la phase de rattrapage économique. Jusque-là, la priorité de Pékin était économique. Elle avait besoin pour cela de stabilité et des capitaux des pays les plus développés. Désormais, la Chine est moins dépendante.

Deuxièmement, le pouvoir chinois veut forger une «communauté de destin» (mingyun gongtong). Les pays réunis dans cette sphère auront des intérêts partagés, des responsabilités partagées et renforceront leur identité asiatique avec un plus grand respect pour la culture et les valeurs chinoises.

Troisièmement, enfin, la Chine compte influencer l’évolution de l’architecture internationale. Fort du soutien de sa région, et d’autres Etats en voie de développement qui contestent l’héritage de la Deuxième Guerre mondiale, la Chine espère infléchir en sa faveur un ordre mondial qui sera plus «démocratique» puisque moins soumis aux normes occidentales. Elle sera, par exemple, plus ferme sur le principe de non-ingérence dans les affaires des autres Etats opposés au droit d’ingérence humanitaire.

Pékin devrait ainsi s’investir sur les questions du réchauffement climatique, par exemple, mais également dans les opérations de l’ONU de maintien de la paix. Il a commencé à le faire, notamment dans le Soudan du Sud où il a envoyé 700 soldats munis d’un casque bleu. En d’autres termes, la Chine devrait cesser de se retrancher derrière son statut de pays en voie de développement pour esquiver ses responsabilités sur le plan international.

Le pouvoir chinois veut forger une nouvelle «communauté de destin» en Asie de l’Est et au-delà