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Portraits et citations de Xi Jinping et Mao Tsé-toung. Shanghai, 26 février 2018.
© ALY SONG/Reuters

éditorial

En Chine, la Grande Marche à l’envers

EDITORIAL. En supprimant la limite de mandats à la tête du pays, le Parti communiste chinois prend le risque de provoquer une nouvelle dérive du pouvoir comme la Chine en a connu par le passé

Faut-il comparer Xi Jinping à Mao Tsé-toung ou à Qin Shi Huang? On hésite encore entre le premier leader de la Chine communiste, de 1949 à 1976, et le premier empereur de Chine, il y a plus de deux mille ans. Tous deux ont profondément transformé leur pays, par leur dictature personnelle. Tous deux sont morts sans avoir transmis leur pouvoir, dans le chaos.

Lire aussi: Le numéro un chinois Xi Jinping, potentiel «empereur à vie»

En annonçant qu’il n’y aurait plus de limite au nombre de mandats présidentiels, le Parti communiste chinois a ouvert la voie au maintien au pouvoir de Xi Jinping au-delà de la limite admise jusque-là de dix ans. En clair, il pourrait devenir dirigeant à vie. Une décision qui confirme et renforce la mise sous tutelle de l’Etat et de la Constitution par le parti. Là où Deng Xiaoping avait imposé le cadre d’une «direction collective» pour ne plus replonger dans les luttes de clans et la guerre civile, Xi Jinping recrée les conditions d’une direction sans partage.

Un homme providentiel

On n’en est pas encore là. Peut-être Xi Jinping saura-t-il s’arrêter à temps? Peut-être même, comme le promet le parti, cela lui permettra-t-il d’approfondir ses réformes? Mais une chose est sûre: de plus en plus, l’avenir de la Chine dépendra de sa seule volonté.

A l’heure où la deuxième économie mondiale n’hésite plus à s’ériger en modèle alternatif à l’ancienne domination occidentale – et ses normes démocratiques –, il faut prendre Xi Jinping au sérieux. Cette évolution n’est certes pas propre à la Chine: la Russie, la Turquie ou encore l’Egypte se sont aussi engagées vers une concentration du pouvoir au nom de l’homme providentiel. C’est la marque de notre époque, celle du grand retour de l’autoritarisme.

Pékin va toutefois plus loin en présentant cette régression comme un progrès humain. Du point de vue du PCC, l’échec de la démocratie est consommé, cette dernière étant vouée à sombrer dans le court-termisme et le populisme. La preuve par Trump. L’avenir est aux systèmes politiques pyramidaux, décrits comme plus stables et permettant une meilleure prévisibilité économique.

Fossilisation de la Chine

L’argument peut faire mouche dans cette période de grand désarroi, y compris en Europe. Il ne faut donc pas s’y tromper, la Chine ne se modernise plus: elle se fossilise. Avec son retour aux sources du maoïsme ou l'invocation de l’héritage de la Chine impériale, l’«ère nouvelle» promise par Xi Jinping est tournée vers le passé. Mao ou Qin, peu importe dans le fond.

A 64 ans, Xi Jinping entame tout juste un deuxième quinquennat à la tête du parti, de l’Etat et de l’armée. On saura en 2023 s’il rempile. D’ici là, les risques de dérives absolutistes vont grandir, l’opacité du pouvoir se renforcer et la prévisibilité du régime se réduire davantage encore. Sur les réseaux sociaux chinois, certains ont noté que leur pays ressemblait un peu plus à la Corée du Nord. Ces messages ont rapidement été effacés. Mais c’est peut-être bien la seule bonne comparaison.

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