Editorial 

Quand la Chine innovera…

Pékin peut-il transformer son économie du savoir sans renoncer à sa censure?

Promenez-vous à Pékin ou Shanghai. Vous y verrez des Chinois commander un repas ou un taxi en tapotant sur l’une des multiples applications de leur smartphone, puis payer l’addition avec ce même appareil. A l’image de ce qui se passe en Pologne, la digitalisation du commerce est là-bas plus développée qu’en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis. Les géants locaux du Net – Baidu, Alibaba, Tencent – connaissent des développements fulgurants.

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Ces transformations sont au coeur de la transition économique de la Chine. L’usine du monde veut devenir un empire des services, évoluer d’une base d’exportation industrielle à moindre coût vers un marché de la consommation, son nouveau relais de croissance. Bref abandonner le quantitatif pour le qualitatif. Une telle montée en gamme nécessite d’innover. Mais en est-elle capable?

Jusqu’ici, le pouvoir chinois est parvenu à rattraper son retard de deux façons: en imposant un transfert technologique aux entreprises étrangères qui voulaient accéder à son marché d’une part, en rachetant directement à l’étranger les entreprises et leur savoir-faire d’autre part. La prise d’IBM (devenu Lenovo) au début des années 2000 fut le premier «gros coup» de cette conquête.

La vague de rachats observée ces derniers mois s’inscrit dans cette même stratégie devant permettre à la Chine de se hisser au premier rang. Ainsi, à peine la prise de contrôle de Syngenta était-elle annoncée que Pékin décrète la fin du moratoire sur les OGM. La Chine sera-t-elle le futur paradis du transgénique?

Cette frénésie de rachats témoigne dans le même temps d’un certain échec. Voici un quart de siècle que la Chine pousse à la création de champions nationaux capables de s’imposer sur le marché international. Sans grand succès. A quand un Toyota chinois, un Samsung chinois, un Airbus chinois ou un Google chinois? Huawei (télécommunications) ou Haier (électroménager) se sont mondialisés, mais en brillant davantage par leur capacité d’adaptation que par leur sens de l’innovation.

Alors que le monde entame sa quatrième révolution industrielle, abandonnant le travail manuel aux robots pour refonder une économie du savoir, la Chine est-elle en mesure de relever le défi? Si Pékin forme des ingénieurs par millions, l’innovation ne se décrète pas. Comment un pays qui censure à tout va et se coupe des grands réseaux de communication en fonction d’impératifs politiques peut-il espérer voir émerger la créativité?

Ce n’est pas un hasard si le fondateur de Baidu, qui ambitionne de concurrencer Google, a été formé aux Etats-Unis et que son principal centre de recherche se trouve dans ce pays. Pour rivaliser avec les Etats-Unis ou l’Europe, la Chine va devoir un jour libérer les esprits et accepter le débat d’idées. Sans quoi elle pourrait bien être condamnée à copier l’Occident.

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