Internet

La Chine, laboratoire du cybertotalitarisme

Pékin veut introduire un carnet pour noter le comportement de ses concitoyens grâce aux mégadonnées

Cela s’appellera «Internet plus». Et ce sera pour le bien de l’humanité, promet Xi Jinping. Le président chinois va dévoiler lors de la Conférence mondiale de l’Internet, qui vient de s’ouvrir dans son pays, un nouveau système de «notation sociale» de ses citoyens. Grâce à la collecte des mégadonnées (big data), l’État chinois pourra noter les entreprises et les individus afin d’encourager les «bons comportements» et promouvoir une «société socialiste harmonieuse».

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Carnet de 1000 points

Le système est simple: les attitudes déviantes (griller un feu rouge ou verser un pot-de-vin) seront sanctionnées en fonction de leur gravité sur un carnet comportant 1000 points. Les actions positives (dénoncer la corruption ou gagner une médaille du travail) permettront d’accéder aux meilleures écoles, aux meilleurs postes de travail, au crédit, etc. Les 700 millions d’utilisateurs de l’Internet en Chine seront scrutés prioritairement à travers leurs déambulations sur le web, les réseaux sociaux, les données de leurs smartphones. Mais tous les Chinois seront supervisés à travers les traces électroniques de leur passage à la banque ou chez leur médecin.

La Chine est ainsi en passe de mettre en place un système qui représente la hantise de plus en plus d’internautes dans le monde: l’abolition de la sphère privée par la mise à nu de leur vie numérique. La collaboration des géants du Net est imposée par l’État chinois, sans quoi ils se verront interdire son territoire.

Pour le bien du peuple

Ce n’est pas un hasard si la Chine fait figure de pionnier dans ce domaine. Depuis l’avènement du régime communiste, tous les Chinois sont fichés de leur naissance à leur mort. C’est le fameux dossier – accessible aux seuls membres du parti – qui fit tant de victimes sous le maoïsme. Il existe toujours. «Internet plus» n’est d’une certaine manière qu’une mise à jour de ce système de contrôle dans un pays qui n’a pas renoncé à ses réflexes totalitaires.

On aurait pourtant tort de penser qu’il s’agit d’une simple excentricité extrême-orientale. Le parti communiste chinois expérimente au grand jour ce que nombre de responsables politiques ailleurs, y compris en Occident, songent à faire plus discrètement: utiliser tout le potentiel du big data. Toujours pour le bien du peuple.

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