Incidences

La Chine s’affirme dans les organisations internationales

OPINION. La Chine a placé un de ses ressortissants à la tête de quatre différentes agences spécialisées des Nations unies, souligne notre chroniqueur François Nordmann. Or ces directeurs ont tendance à se comporter d’abord comme des instruments de la politique chinoise

La politique étrangère de l’administration Trump n’est pas sans effet sur le fonctionnement des organisations internationales. Si les intérêts immédiats des Etats-Unis ne sont pas pris en compte, ces derniers les quittent, s’en désintéressent ou les combattent. Le plus souvent Washington renonce à jouer un rôle prépondérant dans les enceintes internationales. Comme prévu, c’est la Chine qui profite de la situation et qui gagne de l’influence. Cependant, les puissances occidentales commencent à réagir, par exemple au Conseil de sécurité.

Loup dans la bergerie

Prenons le cas le plus récent, celui de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Mme Wang Binying est l’une des sept candidates au poste de directeur général de l’OMPI, qui sera dirigée jusqu’à la fin de l’été 2020 par M. Francis Gurry (Australie). Après une carrière dans l’administration chinoise, elle est entrée à l’OMPI en 1992 et est aujourd’hui vice-directrice générale, chargée des marques, dessins industriels et modèles et des indications géographiques, l’un des principaux départements de l’OMPI. La Chine est un leader mondial pour ce qui est du dépôt de brevets et de l’innovation. Mais le vol de la propriété intellectuelle est l’une des causes de la guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis contre la Chine. Un directeur général chinois à l’OMPI, c’est faire entrer le loup dans la bergerie…

La Chine a placé un de ses ressortissants à la tête de chacune de ces quatre agences spécialisées des Nations unies: l’Union internationale des télécommunications, l’Organisation de l’aviation civile internationale, l’Onudi (développement industriel) et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). La boulimie chinoise ne poserait pas de problème en soi, la Chine étant devenue le second contributeur des Nations unies, y compris pour le financement des opérations de maintien de la paix. Mais une fois nommés, les directeurs chinois ont tendance à se comporter d’abord comme des instruments de la politique chinoise, abusant de leurs responsabilités de fonctionnaires internationaux.

On l’a vu récemment dans le cas d’Interpol, dont le directeur chinois a été arrêté à Pékin et condamné pour avoir insuffisamment tenu compte des intérêts chinois dans l’exercice de ses fonctions. Au début de l’année, les services de renseignement des Etats-Unis ont dénoncé la direction de l’UIT, qui mène dans le secteur stratégique des télécommunications une politique calquée sur les intérêts chinois, notamment en recourant à des experts et à des équipements russes ou chinois.

Sur ce sujet: Interpol doit «accepter» la mise à l'écart de son ex-président chinois

Affrontements ouverts

Pour ce qui est de la FAO, les Occidentaux ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Les Américains poussaient un candidat géorgien peu compétent alors que les Européens disposaient d’une candidate française très qualifiée. La campagne musclée de la Chine, obtenant que le Cameroun retire son candidat en échange de l’annulation d’une dette de 78 millions de dollars, selon le magazine Foreign Policy, bénéficia des divisions occidentales et, à la surprise générale, fit élire M. Qu Dongyu par 108 voix sur 194. L’ancien ministre de l’Agriculture géorgien soutenu par les Etats-Unis ne recueillit que 12 voix.

Ces triomphes de la diplomatie chinoise s’accompagnent d’une agressivité plus marquée au sein des organes de l’ONU sur le rôle même du multilatéralisme, que Pékin s’efforce de redéfinir selon ses conceptions: défendre la souveraineté absolue des Etats, réduire les discussions sur les droits de l’homme pour éviter de mettre la Chine en accusation et lutter contre tout ce qui pourrait apparaître comme de l’ingérence extérieure. Ces tensions accrues se retrouvent au Conseil de sécurité, où la Chine adoptait généralement un profil bas. Mais de récents débats sur le Xinjiang et le Cachemire ont démontré, selon un rapport de l’International Crisis Group, que l’esprit de coopération qui prévalait entre les Européens et les Chinois au Conseil s’était évaporé. Chinois et Européens s’affrontent désormais ouvertement, ce qui complique l’action du Conseil de sécurité.

A l'occasion des 70 ans de la République populaire: C’est quoi la Chine?

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