Cette fois, ça y est! Le tanker chinois, si lourd à manœuvrer, fait signe de bifurquer vers des eaux nouvelles. En annonçant une batterie de réformes ambitieuses, la nouvelle direction chinoise crée la surprise au lendemain d’un plénum qui avait accouché mardi d’un communiqué faisant douter de la volonté des mandarins rouges d’aller de l’avant.

Il pourrait s’agir de la troisième grande vague de réformes depuis l’ouverture de la Chine par Deng Xiaoping en 1978.

Les décisions du parti, annoncées vendredi soir par l’agence Chine nouvelle, déploieront leurs effets aussi bien dans l’économie, le social et la fiscalité que dans la justice. Elles sont de nature à changer en profondeur la vie quotidienne de centaines de millions d’individus.

Sur le plan symbolique, l’assouplissement de la politique de l’enfant unique et l’abolition des camps de rééducation par le travail sont les mesures les plus marquantes. La première répond au souci du pouvoir de limiter le vieillissement accéléré de la population et l’assèchement de sa réserve de main-d’œuvre. La seconde est un grand pas vers un système de détention moins arbitraire. La fin du «goulag» chinois est présentée comme un geste pour le respect des droits de l’homme. Dans le même registre, Pékin promet une diminution du nombre de crimes passibles de la peine de mort. De quoi améliorer son image sur la scène internationale.

La réforme du fameux hukou, un système qui maintient de facto un apartheid social en Chine depuis des décennies, devrait être la plus populaire. Si cet outil de contrôle social n’est pas complètement abandonné, son assouplissement participe d’une volonté d’améliorer le sort des ruraux. Pékin envisage la mise en place d’un système d’assurance sociale plaçant tous les Chinois sur un pied d’égalité grâce à une profonde refonte de la fiscalité.

Mais c’est dans le domaine économique et financier que les changements à venir pourraient être les plus significatifs. Le signal est clair: le marché doit jouer un rôle «décisif» dans l’allocation des ressources. Le monopole des entreprises d’Etat est amené à se réduire (tout en restant dominant), le secteur privé sera mieux protégé, la compétition favorisée. Bref, Pékin promet un nouveau monde.