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Shanghai, mars 2016.
© ALY SONG/REUTERS

Planète éco

La Chine au sommet du monde?

OPINION. La Chine deviendra en principe la plus grande économie du monde d’ici dix à vingt ans. Or ses faiblesses sont aussi impressionnantes que ses atouts, et plus elle deviendra riche, plus les difficultés s’accumuleront. Pour devenir une vraie puissance économique et financière, elle devra changer de modèle

Dans dix à vingt ans, la Chine devrait être la plus grande économie du monde. Sa monnaie, le renminbi, pourrait concurrencer le dollar dans son rôle de monnaie internationale. Face à un Trump protectionniste et agressif, elle se présente en défenseur du commerce mondial. Avec son projet de «route de la soie», qui vise à créer des infrastructures routières, ferroviaires et maritimes pour relier la Chine et l’Europe, elle entend faire de l’Asie son domaine protégé. Un peu partout en Afrique, elle construit des usines et des voies de communication, supplantant ainsi les Etats-Unis et l’Europe en matière d’aide au développement. Elle achète ou loue de vastes étendues de terres agricoles dans le monde entier.

Avec, en plus, le développement accéléré de ses capacités scientifiques et militaires, les ambitions de la Chine sont infinies. Même si la démographie est en déclin, sa population est 40% plus nombreuse que celles des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon réunies. Elle peut ainsi produire tout ce que les pays avancés produisent. Jadis cantonnée au bas de gamme, elle peut grimper à la pointe de l’innovation. Depuis au moins une décennie, en effet, les meilleurs étudiants dans les meilleures universités du monde sont souvent Chinois. Rentrés au pays, ils disposent d’excellents moyens de recherche.

Liberté contrôlée

Tout cela ne conduit pas nécessairement à conclure que la Chine est destinée à diriger le monde, comme l’ont fait les Etats-Unis durant les cent dernières années. Ses faiblesses sont aussi impressionnantes que ses atouts. Faiblesses économiques, d’abord. On ne le dira jamais assez: ce n’est pas une économie de marché. Bien sûr, il y a un vibrant secteur privé avec de grandes entreprises de taille mondiale. Mais tout continue de passer par l’Etat. A commencer par le financement. Les grandes banques sont publiques et très étroitement surveillées.

La place financière de Shanghai a connu une croissance impressionnante, mais elle est sous liberté soigneusement contrôlée. Lorsqu’elle a connu un soubresaut en 2015, les autorités n’ont pas hésité à intervenir de manière très administrative. Les échanges financiers avec le reste du monde sont loin d’être libres. Il en va de même des échanges commerciaux. Exporter en Chine est compliqué, y installer des moyens de production l’est encore plus. On peut dire ce que l’on veut de Trump, mais il n’a pas tort d’accuser les Chinois de jouer aux limites des règles de l’OMC, et parfois au-delà.

Changer de modèle

Cette approche étatique de la croissance économique a bien servi la Chine lorsque Deng Xiaoping a mis fin à son isolationnisme. A l’époque, en 1980, c’était un pays d’une effroyable pauvreté, avec un revenu par habitant égal à 1,5% de celui des Etats-Unis. Même aujourd’hui, il n’est que de 14%. Plus cet écart va se resserrer, et plus il sera difficile pour la Chine d’être concurrentielle, surtout si sa gestion reste soumise à une direction surtout politique, pour laquelle la logique économique est secondaire.

Ainsi, lors de la crise financière mondiale de 2008, la Chine avait décidé d’éviter une récession et les autorités avaient «encouragé» les banques à prêter sans trop compter aux entreprises d’Etat. Un des résultats a été des investissements gigantesques dans les industries sidérurgiques. Aujourd’hui, ses capacités de production en acier et en aluminium dépassent les besoins mondiaux et de nombreuses usines tournent au ralenti, ou ne tournent pas du tout. Ce type de gaspillage est impossible dans une économie avancée. Pour devenir une vraie puissance économique et financière, la Chine devra changer de modèle.

Une Chine instable

Le défi sera aussi politique. Aucun régime ne peut être stable si la classe moyenne est insatisfaite. La Chine a pu la soigner grâce à la croissance et l’élévation rapide de son niveau de vie. Mais lorsque la croissance ralentira, cette classe désormais aisée pourrait bien ne plus supporter un régime autoritaire et, il faut le dire, fondamentalement corrompu.

Ainsi, contrairement à l’image qu’elle souhaite projeter, la Chine n’est pas stable, ni économiquement ni politiquement. Elle a su admirablement se mettre en route alors qu’elle était pauvre et sous-développée. Paradoxalement, plus elle deviendra riche, plus les difficultés vont s’accumuler.

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