éditorial

La Chine teste la mémoire des banquiers

EDITORIAL. Dans sa lutte contre la fraude fiscale, Pékin a fait un exemple avec l’actrice la mieux payée du pays. Habituellement, les prochaines cibles sont les «facilitateurs» – souvent des banquiers

La Chine compte un nouveau milliardaire tous les trois jours et 35 millions de millionnaires. Pour l’industrie de la gestion de fortune, la deuxième économie de la planète constitue le marché de demain et il reste encore largement inexploré. Pékin a commencé à abaisser les barrières à l’arrivée de banques étrangères sur son territoire, peut-être pour permettre aux acteurs locaux de copier leur modèle d’affaires.

Alors qu’une banquière d’UBS est retenue en Chine pour des raisons inconnues, les témoignages que nous avons recueillis laissent penser que des banquiers appliquent en Chine les vieilles méthodes qui ont conduit les banques suisses à payer des milliards d’amende aux Etats-Unis, et UBS à se trouver actuellement en procès à Paris. Et que Pékin, qui contrôle autant ses capitaux que ses citoyens, n’entend pas se laisser piller ses recettes fiscales.

À ce sujet: La Chine, eldorado à risque pour les banques

Le gouvernement central a déjà fait un exemple en condamnant l’actrice la mieux payée du pays, Fan Bingbing, à près de 130 millions de francs d’amende pour avoir dissimulé des revenus. Dans le scénario habituel de la lutte contre la fraude fiscale, les facilitateurs sont la cible suivante, idéalement après quelques procès médiatisés comme le fut celui de l’ex-ministre Cahuzac en France.

L’histoire pourrait se répéter, sur un nouveau continent. Les fondamentaux sont en place. Des Chinois fortunés veulent sortir des capitaux de leur pays, tout comme les fraudeurs américains ou européens désiraient dissimuler une partie de leurs actifs à leur fisc. Face à cette source potentielle de revenus, des banquiers peuvent être tentés d’évoluer en zone grise. D’aider ces capitaux à contourner les réglementations et les contrôles. De continuer à jouer sur la tolérance des autorités.

Mais les épisodes européens et américains ont montré que les règles finissent par revenir en force dans les pays qui ont les moyens de les faire respecter. La Chine en fait évidemment partie. Si effectivement des banquiers se font attraper là-bas, on entendra à coup sûr les mêmes excuses qu’en 2008 ou 2009, lorsque la tolérance envers la fraude fiscale a disparu des deux côtés de l’Atlantique, sur l’air de «Les règles ont changé et personne ne nous a prévenus».

Ce sera tout aussi faux qu’à l’époque: les règles auront seulement commencé à être appliquées. Et les fautifs pourront être exclus du gigantesque marché chinois avant même d’avoir pu y déployer des activités saines.

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