Il est bien loin le temps où la Chine n’était que l’atelier du monde. En la traitant officiellement de «rivale systémique et de concurrente stratégique», l’Occident montre clairement ses intentions: contenir sa montée en puissance. Ainsi, les Etats-Unis et l’Union européenne veulent maintenir leur suprématie économique, financière, commerciale, technologique et même morale. C’est de bonne guerre.

Comment y parvenir sans recourir aux armes? En imposant des sanctions contre le concurrent asiatique. En réalité, tout un arsenal est déjà en place. La guerre commerciale lancée par l’administration Trump et prolongée par Joe Biden, l’embargo sur le coton produit dans la province du Xinjiang au nom des droits humains, l’interdiction aux nombreuses entreprises technologiques chinoises d’opérer aux Etats-Unis sous le prétexte qu’elles présentent un risque pour la sécurité nationale participent de cette stratégie. Les Européens suivent.

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En même temps, l’Occident ne peut pas se passer de la Chine. Qui est aussi un partenaire indispensable tant pour l’importation de beaucoup de produits et matières premières que pour l’accès à un marché de 1,3 milliard de consommateurs. C’est bien dans cet esprit que les Etats-Unis et l’UE avaient accepté l’adhésion du géant asiatique à l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, espérait que Pékin adopterait progressivement le modèle économique dominant qui est basé sur le libre-échange et les règles du marché. Aujourd’hui, l’Occident peine toujours à admettre que différents modèles puissent coexister dans le monde.

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Mais voilà, désormais Washington et Bruxelles font comme Pékin. En investissant des milliards chacun dans la production de semi-conducteurs, ils veulent assurer un certain niveau d’autosuffisance en un produit stratégique. Il est sensé d’assurer une certaine autonomie. Aux Etats-Unis, le président, Joe Biden, a signé mercredi

le Chips Act, qui prévoit 52 milliards de dollars dont vont bénéficier Intel, Western Digital et peut-être même Samsung et la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company. Pour leur part, les Vingt-Sept ont voté leur version de cette loi en février.

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Ainsi, en dénonçant le capitalisme d’Etat chinois durant des années, l’Occident a vu la paille dans l’œil de son prochain et n’a pas aperçu la poutre dans le sien. Non seulement Washington et Bruxelles arrosent depuis longtemps leur industrie et leur agriculture à coups de milliards, mais ils maintiennent aussi toutes sortes de barrières pour entraver la concurrence. Visiblement, ils n’appliquent pas la doctrine libérale qu’ils ont érigée en mantra lorsque cela les arrange.


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