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Hôtesse du 19e Congrès du Parti communiste chinois. Pékin, octobre 2017
© Mark Schiefelbein

20 ans

Comment la Chine a transformé le monde en deux décennies 

En 1998, la Chine était un pays émergent parmi d’autres. Vingt ans plus tard, c’est la deuxième puissance mondiale. Histoire d’une transformation à la fois banale et extraordinaire

Cette année Le Temps fête ses 20 ans. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

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A l’échelle planétaire, la grande histoire de ces vingt dernières années n’est pas le retour (balbutiant) de la Russie, la lutte (mal circonscrite) contre le terrorisme, l’élargissement (fragile) de l’Union européenne ou le déclin (supposé) des Etats-Unis. C’est l’émergence économique, puis l’affirmation politique de la Chine.

Il n’est pas un continent, pas un pays qui n’aura échappé à l’impact commercial de son retour sur le devant de la scène mondiale. Pékin a été l’acteur clé de l’ère de la globalisation ouverte au lendemain de la chute du Mur et que les Etats-Unis tentent aujourd’hui de refermer.

Cette histoire est à la fois extraordinaire et banale. Banale, car la Chine n’a fait que suivre le chemin de nombreux pays asiatiques qui, un peu plus tôt, ont connu en l’espace d’un quart de siècle des transformations tout aussi radicales: Japon, Corée du Sud, Singapour, Taïwan ou Thaïlande. D’autres exemples existent ailleurs, à commencer par la renaissance de l’Europe de l’Ouest au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, qui ne fut pas moins spectaculaire. Il n’y a pas de miracle chinois, ou alors c’est un miracle bien partagé.

Ce qui rend si particulier le cas chinois, c’est tout simplement la taille du pays. La nation la plus peuplée transforme le monde par l’effet démultiplicateur de l’ampleur de son marché et de son 1,3 milliard de consommateurs. C’est ainsi que, depuis des années, le cours des matières premières est dicté par l’appétit des Chinois, que les indices du développement humain (pauvreté, éducation, santé, etc.) sont déterminés par les progrès enregistrés par les autorités chinoises et que l’environnement est principalement impacté par la pollution du «made in China».

La Chine embrasse le monde

Pour devenir l’usine du monde à l’aube du XXIe siècle, la Chine a bénéficié de plusieurs facteurs: la paix, la stabilité politique, l’ordre libéral international et l’action de l’Etat comme agent de la transformation économique. En 1998, cela n’allait pas de soi.

Les normes du commerce mondial décidées à Genève vont devenir le manuel de la transformation économique de la Chine…

Au lendemain du massacre de Tiananmen (l’écrasement du mouvement démocratique chinois) en 1989, la stabilité politique et la paix intérieure semblaient des leurres. Le masque finirait bien par tomber, celui d’un pouvoir en décrépitude, inadapté au mouvement de l’histoire imposé, pensait-on alors, par le marché et la démocratie. Non seulement le Parti communiste est parvenu à s’adapter aux transformations économiques dont il avait perdu un temps la maîtrise, mais il a réussi à imposer les termes d’un nouveau contrat social avec la population. A cette paix interne – garantie par la contrainte d’un parti unique – se conjugue un environnement international lui aussi pacifié en regard des désastres à répétition du XXe siècle.

Cette paix et cette sécurité ont été grandement facilitées par l’ordre international assuré par le système onusien, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux. L’adhésion de la Chine à l’OMC, en 2001, marque un tournant. Les normes du commerce mondial décidées à Genève vont devenir le manuel de la transformation économique de la Chine. Et jusqu’à aujourd’hui, Pékin doit bien reconnaître que la Pax Americana, assurant la sécurité des grandes voies du commerce mondial, l’a parfaitement servi. C’est en s’inscrivant dans l’ordre mondial libéral que le Parti communiste s’est réinventé.

Le retour de l’idéologie

Cela n’aurait toutefois pas été suffisant. La réussite du modèle chinois tient tout autant d’un pilotage de l’Etat dont les priorités ont permis le décollage de l’ensemble du pays. En 1998, par exemple, c’est le contrôle de sa monnaie par Pékin qui stoppera l’effet de contagion de la crise asiatique qui menaçait la finance mondiale. Ce capitalisme d’Etat n’a, là encore, rien d’original. C’est la voie privilégiée de la modernisation en Asie comme dans une partie de l’Europe (songez à la France gaulliste). Mais alors que l’Etat, tout en gardant le contrôle macroéconomique, se retirait peu à peu d’un certain nombre de secteurs économiques, misant sur une forme de libéralisation, on assiste ces dernières années à un mouvement inverse.

Aujourd’hui, la réussite chinoise pourrait être menacée par l’hubris de son propre chef. Actant la puissance retrouvée de son empire, Xi Jinping remet le parti – et l’idéologie – au cœur de toute chose, l’Etat devenant un supplétif. Pour parachever l’œuvre, il compte désormais redéfinir les normes internationales.

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