Il y a deux semaines, l’ambassadeur de Chine auprès des organisations internationales à Genève s’adressait par visioconférence aux correspondants du Palais des Nations. «Le temps est à l’union contre le SARS-CoV-2, pas à la diffusion d’un virus politique», expliqua-t-il. Dans son viseur, les Etats-Unis. Après avoir félicité Xi Jinping, fin janvier, pour la rapidité de la réaction chinoise et sa coopération face au Covid-19, Donald Trump a fait volte-face. Et l’intensification des attaques contre Pékin s’est révélée proportionnelle à son incurie pour parer à la pandémie sur son territoire. Plus le virus faisait de morts, et plus la Chine était fautive… L’art de se défausser étant l’un des traits de caractère du locataire de la Maison-Blanche, on assistait à un scénario bien rodé: rumeurs, tweets énigmatiques, accusations non étayées et questions légitimes forment un cocktail efficace quand on est à la tête de la première puissance mondiale pour lancer des opérations de déstabilisation. Il est justifié que l’ambassadeur chinois dénonce l’instrumentalisation politique du virus. Sauf que.

Sauf que ce même virus était politique dès lors qu’il a émergé sur le territoire chinois. C’est-à-dire depuis son origine. Car en Chine toute crise, y compris naturelle, est par définition politique. Le parti ayant pour prétention de tout contrôler sur son territoire (même le Ciel), tout ce qui échappe à sa vigilance est une menace. Comme les scientifiques, je ne crois pas à la thèse d’un virus élaboré dans un laboratoire de Wuhan, ainsi que l’insinue l’administration américaine. Par contre, la volonté de cacher, puis de nier, puis d’étouffer l’information relative au virus et à sa diffusion est bien une caractéristique du système chinois. C’est ainsi que quatre mois et demi après l’annonce publique de son existence, Pékin n’a toujours pas partagé d’échantillons des premières souches du virus, ni autorisé une enquête scientifique en bonne et due forme sur son territoire pour comprendre son origine (qui pourrait remonter au mois d’octobre). Etant donné l’«atmosphère» politique, une telle enquête serait prématurée, dit Chen Xu. Or plus le temps passe, plus il sera compliqué de comprendre le parcours du virus. La santé globale attendra. Il est à craindre que ce virus politique fasse plus de victimes que le coronavirus lui-même. On pourrait en avoir la démonstration lors de l’Assemblée mondiale de la santé, qui débute ce lundi à Genève.

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