Nouvelles frontières

Et si la Chine votait?

OPINION. Les Hongkongais ont voté massivement pour les démocrates, donnant raison aux manifestants. De quoi interpeller les Chinois, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Et si les Pékinois avaient pu voter en mai 1989, qu’auraient-ils dit? Et si tous les Chinois avaient pu se rendre aux urnes cette année-là, qui auraient-ils soutenu? Ces interrogations semblent stupides dans un pays qui n’a jamais connu de vote démocratique depuis l’instauration du régime communiste, il y a septante ans. Elles l’étaient. Jusqu’à dimanche dernier. Jusqu’au jour où les Chinois de Hongkong ont massivement fait entendre leur voix, avec un résultat on ne peut plus clair: dans un vote libre, trois quarts de la population a désavoué ses autorités, locales et celles de Pékin, pour donner raison aux manifestants.

Et à Pékin, ce fut un nouveau choc. Le parti n’avait pas vu venir le vent de la contestation en juin. Il n’aurait jamais imaginé que le mouvement démocratique hongkongais puisse durer au-delà de quelques semaines. Il était enfin persuadé que les élections locales de Hongkong conforteraient le camp pro-Pékin. Il s’est effondré. Et avec lui, tout l’argumentaire du Parti communiste. Pour rappel, selon Pékin, les manifestants étaient une petite minorité d’émeutiers pilotés de l’étranger pour diviser la Chine. La majorité silencieuse voulait le retour à l’ordre. L’argumentaire, au mot près, de 1989, avant le massacre de Tiananmen, dans la nuit du 3 au 4 juin.