Il y a quatre ans, Donald Trump faisait campagne en ciblant la Chine. Sa lecture du monde se résumait à cette vision: «Mettons un terme au plus grand vol d’emplois de l’histoire!» Le voleur était Pékin, Washington la victime. La formule était de Peter Navarro, l’un de ses conseillers économiques. Elle allait à rebours de la doxa pro-marché des républicains, mais l’idée était déjà dans l’air du temps. Elle servait surtout le discours nationaliste d’un candidat en mauvaise posture dans les sondages. La victoire surprise de Donald Trump ne doit pourtant pas grand-chose à l’épouvantail chinois. Elle s’est jouée sur un autre terrain.

L’ennemi, c’est lui

Fraîchement élu, le président des Etats-Unis espérait négocier un deal dont il a le secret avec Xi Jinping, considéré aussitôt comme son «ami». Longtemps, il s’est laissé leurrer par ses interlocuteurs, avant d’enclencher une guerre commerciale à coups de taxes et de barrières. Sans grands résultats. A mi-mandat, englué, Donald Trump s’est résolu à monter le ton, afin que ses électeurs comprennent: face à la Chine, ce n’est pas qu’une guerre commerciale, c’est un combat de valeurs. Comme ces valeurs (liberté, démocratie, droits de l’homme) ne sont pas sa tasse de thé, il a envoyé son vice-président, Mike Pence l’évangéliste, au front. Mais rien n’y fait, Xi Jinping reste imperturbable, dénonce la «mentalité de guerre froide» des Etats-Unis et suggère aux Européens de faire alliance pour sauver le multilatéralisme. Finalement, n’ayant obtenu que quelques vagues promesses d’achats des Chinois, le président déclenche une offensive plus large, avec comme interprète Mike Pompeo. Le mois dernier, le secrétaire d’Etat expliquait que les Etats-Unis ne sont pas engagés dans une «guerre froide 2.0», mais font face à «une menace bien pire»: le Parti communiste chinois. L’administration Trump n’utilise d’ailleurs plus que ce terme – PCC – pour évoquer le pouvoir chinois. L’ennemi des Etats-Unis, c’est lui. Ennemi utile quand on est en campagne, surtout lorsqu’une majorité d’électeurs est désormais convaincue du danger chinois.