Touristes imaginaires

La chineuse mélancolique

Tous les vendredis de l’été, notre chroniqueuse arpente les bonnes et les mauvaises habitudes en vacances

Brigitte aime l’ailleurs. Depuis toujours. Elle chérit le souvenir des comptines irlandaises que chantait sa nanny, des tissus que sa tante opiomane ramenait des Indes, de la propriété de grand-papa Dieter en Argentine.

Elle aime s’entourer d’objets précieux, porteurs de sens, d’odeurs enivrantes. Elle aime croquer un carré de chocolat noir 90% dans un plaid birman et contempler ses bracelets cérémoniels botswanais, savamment agencés entre un livre de photos qui ne sera jamais ouvert et une bougie dont le prix avoisine celui d’une chambre en colocation à la Jonction.

Cet univers raffiné lui rappelle qu’elle n’a pas toujours croupi dans une villa à superviser des réfections de piscine. Elle est Parisienne, éternelle expatriée dans une Suisse où, même s’il fait bon résider fiscalement, loin de la dictature bolchevique hollandienne, on a encore un peu de chemin à faire quant à l’art de vivre.

Un crâne réduit du Kurdistan…

En voyage, elle chine, puis transforme. Cet abat-jour? Un bol sacré lao. Ce cendrier? Un crâne réduit du Kurdistan. Elle fait ainsi le bonheur de ses amies, toutes clientes dans sa jolie boutique qui ne lui coûte rien, car le bail a 30 ans. Elle a en effet hérité de l’arcade après le décès d’un ami urologue, parti trop tôt dans un terrible accident de chasse.

Parfois, Brigitte se rêve princesse voguant sur le Niger, menant une armée d’hommes taiseux, défaisant l’oppresseur blanc. Elle en fait des toiles abstraites. Une fois l’an, elle expose et vend tout.
Mais sa plus grande fierté, sa plus grande trouvaille, la pièce maîtresse de sa collection, c’est peut-être son amitié avec la femme du consul japonais. Assise élégamment dans sa salle à manger, juste sous une toile contemporaine et un masque mélanésien, c’est vraiment la touche finale qui vous change un intérieur.


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