Bien sûr, ce sera douloureux. Des centaines de personnes, voire des milliers, auront perdu leur emploi. Des petites marques de niche vont peut-être disparaître. Les finances publiques des régions horlogères vont se détériorer – la ville de La Chaux-de-Fonds en est l’exemple le plus frappant.

Depuis plusieurs mois, l’industrie de la montre dégraisse. Et la vague de licenciements survenue ces dernières semaines n’est pas terminée. Pourtant, l’horlogerie suisse n’est pas en danger. Elle reprend son souffle, après avoir augmenté ses ventes d’environ 40% depuis 2010.

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En quatre ans, cette industrie a créé plus de 10 000 emplois. Jamais, depuis les années 1970, elle n’avait employé autant de personnel. Jamais dans son histoire l’horlogerie suisse n’avait disposé d’un pareil outil de production. Depuis que Swatch Group a décidé de réduire ses livraisons de mouvements à la concurrence, des dizaines d’usines et de manufactures sont sorties de terre, entre Bâle et Genève.

Il est vrai qu’aujourd’hui, cet appareil de production semble surdimensionné, alors que les clients russes sont aux abonnés absents, que les fonctionnaires chinois sont incités à la discrétion et que les collectionneurs du Moyen-Orient sont rassasiés.

Les entreprises horlogères sont peut-être allées un peu vite en besogne. Elles ont construit, investi, embauché sans discontinuer. Cette réindustrialisation horlogère est saine. Mais elle a été exacerbée par le dynamisme d’une demande asiatico-émergente qui semblait sans limites.

Il y a également des oracles qui considèrent que demain ne sera plus jamais pareil. Que l’Apple Watch causera la perte (d’une partie) de l’horlogerie helvétique traditionnelle. Mais la montre connectée de Tag Heuer, qui a été développée avec Google et Intel et lancée lundi à New York, ou encore celles de Swatch, qui permettent de payer sans contact, sont autant d’exemples qui démontrent que le secteur dans son ensemble conserve du répondant.

La marque à la pomme est-elle trop puissante? Sera-t-elle leader de ce nouveau segment de marché? C’est bien possible. L’horlogerie suisse n’a pas cette ambition: elle restera leader de son segment à elle, la montre bien faite.

Alors demain, dans un, deux, trois, ou cinq ans, les usines horlogères seront aux bonnes dimensions. Les produits qui y seront fabriqués seront peut-être différents, peut-être moins nombreux qu’en 2014, lorsque 22 milliards de francs de montres ont été exportés. L’outil de production flambant neuf et les compétences humaines créées ces dernières années permettront alors d’absorber la reprise.

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