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Olivier Guéniat, lors d’une conférence presse portant sur sa politique de la drogue, en mars 2017, à Neuchâtel.  
© LEO DUPERREX / Keystone

Revue de presse

Choc et consternation dans les médias après la mort d’Olivier Guéniat

«Juste quelqu’un de bien.» La disparition brutale du chef de la police neuchâteloise crée un immense traumatisme dans la presse. Elle est unanime à déjà regretter sa vision superlative de la profession et son profond humanisme

Stupeur dans les rédactions ce lundi après-midi, lorsque la nouvelle est tombée: le chef de la police judiciaire du canton de Neuchâtel, Olivier Guéniat, a été retrouvé mort lundi chez lui à Fresens (NE). Les autorités retiennent la thèse du suicide, qui indique que «sa disparition a créé une vive émotion au sein de la police et des autorités de poursuite pénale», à la hauteur de «sa personnalité» qui suscitait «une vive admiration et une très large sympathie».

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La tristesse est d’autant plus grande qu’Olivier Guéniat était encore jeune. Il «venait d’avoir 50 ans et rien ne laissait présager son geste», écrit Le Quotidien jurassien. «Selon des témoins, il était encore hier matin avec ses hommes, avec sa gaîté habituelle. C’est le choc et la consternation parmi tous ceux qui l’avaient côtoyé.» Et qui savaient ce qu’il était devenu: entre autres, un expert mondial des ravages des cristaux de méthamphétamine et des pilules thaïes, lit-on dans le Blick.

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«Diplômé en police scientifique et criminologie et docteur en science forensique, […] [il] soutenait la régulation du marché du cannabis par pragmatisme», signe du progressisme que tout un chacun lui reconnaissait. Autre particularité, «il intervenait souvent dans les médias romands», souligne le site de RTS Info, qui l’a régulièrement interviewé comme expert des questions de drogue et de délinquance des jeunes. Ce «photographe animalier passionné […] avait aussi pratiqué le judo à haut niveau et s’intéressait aux échecs. Il avait une compagne, avec laquelle il était pacsé.»

«Respecté loin à la ronde», dit la légende figurant sous la photo publiée par la Tribune de Genève et 24 heures. «Il était certainement le policier le plus connu des Romands. Un policier un peu atypique.» Il avait du «brio», cet homme dans son «costume sombre», avec ce look immédiatement reconnaissable: «Crâne rasé, barbichette et fines lunettes.» Et puis il y avait aussi sa «voix, sympathique et experte», «à la fois malicieuse et posée» pour créer «le dialogue» et mettre «en place des solutions innovantes en matière de drogues».

La presse neuchâteloise est également sous le choc: «Il y a des moments où les mots nous manquent», avoue l’éditorialiste de L’Express. «Il en faudra pourtant bien pour dire […] combien cet homme nous aidait à croire en l’homme. Avec lui, pas de formules creuses, de jugements hâtifs ou de double langage. […] Un parler vrai, marqué du sceau de l’intelligence et d’un sens aigu de la justice.» Le Dictionnaire du Jura, qui n’est pas encore à jour, devra le rappeler.

Les deux quotidiens lémaniques font encore intervenir plusieurs témoins qui l’ont bien connu, parmi lesquels on retiendra celui de l’ancien procureur général du canton de Neuchâtel, Pierre Cornu. Il y avait chez lui «une dimension supplémentaire […], qui le rendait peut-être un peu différent. […] Par rapport à un simple technicien de l’enquête, il avait une vision plus large du monde, de la criminalité, de l’être humain et de ses faiblesses.» Comme le chantait Enzo Enzo, il le qualifie ainsi: «Juste quelqu’un de bien.»

Il faut y ajouter un verset de ce titre aux paroles écrites par Kent, qui lui collent si bien: «Je plane à l’aube d’un malaise/Comme un soleil qui veut du mal/Aucune réponse n’apaise/Mes questions à la verticale.» En musique, le grand argentier jurassien, Charles Juillard, rappelle pour sa part qu’il écoutait, plus jeune, «Jim Morrison et Lou Reed» et qu’il avait chanté «Bob Dylan dans les rues lausannoises pour payer ses études. […] C’était un visionnaire. Il croyait aux grands projets. Intellectuellement, il était brillant. Humainement, il était chaleureux.»

Une «référence de la sécurité», ajoute Le Matin, auteur de plusieurs livres sur le sujet, édités aux PPUR, et du blog «Polisse», alors hébergé par L’Hebdo. «Dans les rédactions romandes, d’ailleurs, c’est à lui qu’on pensait en premier dès qu’il fallait contacter un spécialiste» de la police ou de la sécurité, dit le quotidien orange.

Et l’on percevait immédiatement alors qu'«il savait distiller ses analyses et idées pour les rendre accessibles aux non-initiés», qu'«il savait expliquer, mais aussi débattre, voire provoquer. A l’image de sa position pour une régulation du cannabis – et non pas dépénalisation, une nuance importante», théorie qui commence à faire preuve dans les faits, deux décennies après la politique entamée par Ruth Dreifuss. «Une figure [qui] détonnait souvent.»

De son côté, Pierre Aubert, procureur général du canton de Neuchâtel, cité par Le Nouvelliste, dit ressentir «une grande tristesse doublée d’une grande stupeur. C’est toujours troublant de côtoyer quelqu’un qui laisse transparaître sa bonne humeur alors qu’il devait se sentir oppressé par la vie. Je n’ai jamais eu de doute sur son élan vital. […] C’était un esprit pénétrant. Il avait souvent une longueur d’avance sur les autres, il était très proactif.»

Dans cet océan de larmes, seul Le Courrier de Genève tempère un brin les dithyrambes en racontant qu'«en 2012, il avait défrayé la chronique en appelant de ses vœux la récolte systématique des profils ADN des requérants d’asile. Constatant une hausse sans précédent de délits «commis par des Nord-Africains», il estimait que cela permettrait «des économies de temps et d’argent». Et «à l’époque, sa proposition, considérée comme une violation des libertés individuelles, avait choqué une partie de l’opinion publique.» Mais celui qui avouait «volontiers avoir été punk dans les rues de Porrentruy» restera comme un policier «atypique» et «intellectuel».

Lire aussi: Olivier Guéniat. La liberté de penser! (blog L’observatoire des polices)

Enfin, en décembre 2016, à propos de la méthode utilisée par Les Experts de la série TV (science ou sorcellerie?), il avait expliqué au Temps comment on gérait l’incertitude dans les enquêtes, ce qui en dit long sur l’évolution du métier: «Quand j’ai commencé dans la police scientifique, il y a 25 ans, on travaillait au pif et on donnait notre avis: c’est lui, ce n’est pas lui… Le risque d’erreur était immensément plus grand. Aujourd’hui, on a adopté une approche mathématique de l’évaluation des indices et on a mis au point une échelle verbale qu’on est en train d’introduire dans tous les services romands», répondait-il en tant que responsable de l’harmonisation en cours des procédures de police scientifique en Suisse romande.

Depuis lundi, un seul policier nous manque, et tout ce monde-là nous paraît déjà bien dépeuplé.

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