UBS laisse une ardoise qu'elle ne peut plus payer dans les délais. La grande banque n'est pas en faillite, mais une banqueroute ne pouvait plus être exclue. Hier matin, les Suisses ont sursauté à l'annonce d'un plan de sauvetage. Depuis plusieurs semaines, le Conseil fédéral et, avec un zèle tout particulier - pour ne pas dire léger -, l'Association suisse des banquiers répétaient que la situation était sous contrôle. Elle l'était mais cachait ce que de petits épargnants redoutaient en fermant leurs comptes: une extrême fragilité en cas de détérioration des marchés financiers.

Il n'est pas choquant que la Confédération use de son droit et en réalité de son devoir suprê

me pour éviter l'effondrement d'un établissement qui, avec Credit Suisse, contrôle près de la moitié du marché bancaire national.

Ce sauvetage choque à juste titre tous ceux qui n'ont pas le privilège de bénéficier d'une banqueroute assistée et suscite de légitimes questions sur le plan politique, en particulier sur les garanties. Car, a priori, aucune entreprise qui a failli n'a un droit à la survie quand les fautes de ses dirigeants sont si grossières. Bien que regrettable, la situation justifiait l'exception et semble avoir été bien maîtrisée.

A coup sûr, l'opération UBS laissera des traces dans les relations entre les milieux financiers qui écartaient parfois avec mépris toute velléité de régulation, même préventive, par l'Etat. Le rapport de force a changé en un seul jour: UBS et Credit Suisse seront, sans même que l'ASB ait eu son mot à dire - un coup d'Etat au pays de l'autorégulation -, soumises dès aujourd'hui à des règles prudentielles plus strictes. Les actionnaires, qui ont été complices volontaires ou impuissants à imposer des rémunérations décentes, mesurent ce qu'il en coûte «du laisser-faire».

Au plan économique, l'entrée de la Confédération dans le capital d'une grande banque intervient dans un contexte dangereux, où les Etats censés être les arbitres de la partie seront aussi les joueurs. Cette confusion des rôles est par essence malsaine. Le retour à la normalité ne pourra s'opérer qu'au terme d'une refonte des règles du jeu. En réaffirmant que toute économie durable exige un Etat impartial, certes, mais fort. Le monde financier n'est pas mort hier mais il a perdu sa crédibilité. Il ne retrouvera sa pleine liberté qu'en acceptant les devoirs et les droits qui lui sont associés. Sa responsabilité économique est engagée; sa responsabilité morale est à reconquérir.

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