«Toute guerre doit se terminer.» Eminence grise de Ronald Reagan et accessoirement cousin d’Elisabeth Kopp, Fred Iklé avait une idée claire de la durée d’un engagement militaire états-unien. En décidant de retirer les forces américaines d’Afghanistan pour mettre fin à la plus longue guerre de l’Amérique, Joe Biden semble s’en inspirer. Sa décision est courageuse et assumée, mais aussi très décriée. Elle pourrait marquer sa présidence.

Quatrième président à devoir affronter la question afghane, vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001 fomentés dans les montagnes de Tora Bora, le démocrate tranche un dilemme impossible. Car ce pays d’Asie centrale de 38 millions d’habitants est dans l’impasse politique et économique.

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Les motifs du retrait ne sont pas ceux du Vietnam, dont le fiasco avait forcé Lyndon Johnson, sous la pression populaire, à ne pas convoiter de nouveau mandat présidentiel. Joe Biden va dans le sens d’une opinion publique fatiguée par les aventures militaires et désécurisée par la pandémie. Le président se fixe d’autres priorités pour ne pas laisser son administration paralysée par une guerre impossible à gagner.

La raison est aussi stratégique. Dans un XXIe siècle où les rapports de force géopolitiques changent, le président démocrate ne voit plus le terrorisme comme la menace principale. Il est déterminé à recourir à toutes les ressources à sa disposition pour poursuivre des objectifs plus prioritaires: le changement climatique, la Chine, les infrastructures. Il fait aussi un constat: l’accord de Doha, conclu en 2020 entre les Etats-Unis et les talibans, ne mène nulle part.

Le risque d’un départ précipité des Américains que Donald Trump a lui-même engagé demeure néanmoins considérable. Un retrait similaire d’Irak décidé par Obama en 2011 créa un vide dont profita le groupe Etat islamique. En raison de la faiblesse extrême du gouvernement afghan et d’une montée en puissance des talibans, voire des seigneurs de guerre, une nouvelle plongée du pays dans la guerre civile est une hypothèse réaliste. Les Afghanes en seraient les premières victimes. Malgré les dérives d’une guerre devenue absurde, les avancées des droits des femmes ont été réelles, mais risquent de passer à la trappe avec un pouvoir contrôlé par des talibans qui n’ont toujours pas coupé les ponts avec Al-Qaida.

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