Il y a un peu plus d’un an, l’ancien premier ministre italien Enrico Letta donnait une conférence au Graduate Institute de Genève pour dire combien l’Union européenne était mal en point. Au risque de s’effondrer. Un tel scénario placerait les Etats du continent devant ce choix: devenir une colonie, soit des Etats-Unis, soit de la Chine. C’était un peu absurde. Non pas que l’UE soit indestructible. Mais ce choix n’en est pas un. Quel pays européen pencherait pour la Chine? Même parmi les plus anti-américains, aucun Européen ne pourrait se résoudre à se plier à la logique du PC chinois.

Enrico Letta, bien sûr, forçait le trait, pour secouer les esprits. Le dilemme posé aux Européens d’un monde bipolaire (Chine/Etats-Unis) en l’absence d’une troisième force est pourtant en train de prendre forme. Et ce sont les Britanniques, enfin délivrés de la «tutelle» de Bruxelles, qui en font les premiers l’expérience. Il y a quelques jours, Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, invitait la Grande-Bretagne «à choisir son camp». Peu après, c’était au tour de l’ambassadeur de Chine à Londres, Liu Xiaoming, de mettre en garde le royaume contre des représailles s’il faisait un mauvais choix. On parle de Huawei. Le Royaume-Uni ne peut plus se passer des technologies de l’équipementier chinois pour sa 5G. Washington menace d’exclure les Britanniques du réseau de renseignement des Five Eyes s’ils ne renoncent pas au constructeur de Shenzhen considéré comme un espion au service de Pékin, donc un «cheval de Troie» au sein du camp «occidental». Que faire?