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Les deux hommes se donnent la main pour traverser le 38e parallèle: c'est du jamais vu!
© Korea Summit Press Pool/Reuters

Revue de presse

Chorégraphie diplomatique de dirigeants coréens hilares sur le 38e parallèle

Le sommet intercoréen qui est en train de se dérouler à Panmunjom déploie ses fastes historiques. Tous les espoirs sont permis, mais rien n’est encore fait entre le Nord et le Sud: ni la dénucléarisation, ni la paix

A gauche sur cette photographie, le grand corpulent rasé de près, à droite, le plus petit des deux, avec son air débonnaire d’homme sage et de bonne volonté. Ce vendredi, les observateurs du monde ont les yeux rivés sur la subtile chorégraphie diplomatique qui est en train de se dérouler entre le dirigeant nord-coréen – un Kim Jong-un qui se dit «submergé d’émotion» – et le président sud-coréen, Moon Jae-in, qui tiennent un sommet historique après une poignée de main hautement symbolique sur la ligne de démarcation militaire qui divise la péninsule. «De manière inattendue, Kim a d’ailleurs demandé à Moon» de la traverser, cette frontière, «pour venir du côté nord», raconte le Korea Times. Et les deux dirigeants se sont ensuite rendus à pied côté sud, où est organisé le sommet.

Lire aussi: Rencontre historique entre Kim Jong-un et Moon Jae-in

Des pas de géants. Mais il y a aussi un peu de «hâte-toi lentement» après les Jeux olympiques de Pyeongchang en cet an de grâce 2018 où – c’est loin d’être anodin – un leader du Nord foule le sol du Sud, pour la première fois depuis la guerre de Corée (1950-1953). Même l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA et son «homologue» du Sud, Yonhap, le disent: «Kim Jong-un discutera en toute franchise avec Moon Jae-in de tous les problèmes rencontrés pour améliorer les relations intercoréennes et parvenir à la paix, la prospérité et la réunification de la péninsule.»

Il y a à peine une année encore, on aurait cru rêver. Maintenant, les observateurs demandent à voir si ce ballet de duettistes hilares devant la presse aboutira vraiment à un progrès, d’autant que ni l’un ni l’autre de ces deux canaux officiels ne mentionne une quelconque dénucléarisation à Pyongyang, dont on sait qu’elle représente la condition sine qua non pour passer d’une situation d’armistice qui dure depuis soixante-cinq ans à une paix signée et durable. Voilà pour les hypothèses, plus nombreuses que les faits réels.

La Maison-Blanche souhaite toujours pour sa part que le sommet débouche sur un «futur de paix et de prospérité pour toute la péninsule coréenne». Mais on le sait: le président Trump exige que le Nord renonce à ses armes nucléaires et réclame que cette dénucléarisation soit «totale, vérifiable et irréversible». Prudent, le directeur du secrétariat de la présidence sud-coréenne, Im Jong-seok, a prévenu jeudi que rien n’était encore gagné.

Des initiatives et une catastrophe

A l’approche du sommet, indique Courrier international, Pyongyang a bien «pris un certain nombre d’initiatives, promettant notamment de mettre fin aux essais nucléaires et aux tests de missiles, et aussi de mettre en place un «téléphone rouge» avec Séoul. Le régime a par ailleurs signalé qu’il était prêt à accepter la présence de forces américaines sur la péninsule coréenne et à signer un pacte de non-agression.» Seulement voilà: la Corée du Nord «a utilisé la même tactique lors de précédentes négociations, et des doutes subsistent quant aux véritables intentions de Kim Jong-un» et à un nouveau «rayon de soleil».

Il y a «encore bien du chemin à parcourir», pour Pierre Haski de L’Obs. «Car nul ne sait, ni à Séoul, ni à Washington, ni à Pékin, ce que Kim Jong-un a derrière la tête. Ce jeune despote a-t-il réellement choisi la «voie chinoise», c’est-à-dire l’ouverture économique dont on commence à voir les premiers fruits à Pyongyang, doublée d’une coexistence pacifique avec ses ennemis d’hier, sans rien lâcher sur la nature du régime et son pouvoir absolu sur la population? C’est le scénario optimiste, qui aurait pour avantage d’éviter une guerre désastreuse, mais pour inconvénient de laisser les millions de Nord-Coréens dans l’oppression la plus grande, sans espoir de changement.»

Signaux de fumée

Mais peu de «Korea watchers», ces experts qui tentent «de décrypter les signaux de fumée de Pyongyang, croient réellement que Kim Jong-un a l’intention de dénucléariser, c’est-à-dire de se débarrasser de ce qui constituait jusqu’ici l’assurance vie de son régime. Si tel est le cas, ce nouveau tour de piste diplomatique finira comme les précédents, par un retour à la case départ, laissant la menace de guerre planer.» A ce propos, le site de France Culture a sélectionné toute une série de vidéos qui permettent de mieux comprendre les enjeux.

Il y a cependant un nouvel élément: «La montagne qui abritait le site des essais nucléaires nord-coréens s’est effondrée, et c’est la raison pour laquelle Kim Jong-un a annoncé le 21 avril la suspension des essais, affirme le South China Morning Post, sur la foi d’analyses scientifiques chinoises». Situation dangereuse, avec des risques de fuites radioactives mentionnés par les chercheurs, dont les conclusions «devraient faire l’objet d’une publication scientifique dans le journal Geophysical Research Letters au mois de mai.

En attendant, avec une table de 2,018 mètres, on ne compte pas les symboles qui habitent ce sommet. «Sur le mur, une peinture panoramique représente le mont Kumgang, symbole de réunification, de coopération pour toute la péninsule», décrit Libération. Mitraillés par les appareils photos, les deux hommes ont pris place vendredi autour de cette table ovale en noyer censée permettre «des discussions franches sans sentiment de distance». Dans les coins de la pièce sont disposés des vases traditionnels remplis de fleurs, parmi lesquelles des pivoines symboles de bienvenue, des marguerites symboles de paix et des fleurs sauvages représentant la zone démilitarisée.

Pour l’heure, c’est donc seulement à un spectacle que l’on assiste, avec un maître de Pyongyang escorté d’une phalange de gardes du corps soigneusement choisis pour leur forme physique, leur allure, leurs capacités de tireurs d’élite ou leur maîtrise des arts martiaux. «Vêtus de costume et de cravate à rayures bleues et blanches, ils serrent de près Kim Jong-un, et à l’issue de la session matinale de discussions, 12 gardes sont repartis en courant en formation très serrée autour de la voiture officielle qui le ramenait au Nord. Cravate au vent, ils formaient un bouclier humain autour de la Mercedes noire sans plaques d’immatriculation. Cinq de chaque côté et deux derrière, tous le visage impassible.»

Les quelques étrangers qui assistent à ces événements ont dû endurer au préalable des heures de procédures de sécurité et déposer tous leurs engins électroniques, y compris leur téléphone portable, au commandement de la garde. C’est l’unité militaire nord-coréenne qui est chargée d’assurer la sécurité des hauts cadres du régime, institution d’élite au cœur du pouvoir qui fournit par exemple toujours les pièces maîtresses des festivals annuels des fleurs Kimjongilia et Kimilsungia, qui honorent la mémoire des père et grand-père de Kim Jong-un.

Le gâteau de la discorde avec Tokyo

Bien sûr, tout ne va pas pour autant au mieux dans le meilleur des mondes. Car il faut savoir que le dessert prévu à Panmunjom, «décoré d’une carte de la Corée réunifiée où figurent des îlots revendiqués par le Japon», déplaît fortement à Tokyo, rapportent Franceinfo et France 24. Ce gâteau de mousse à la mangue «est extrêmement regrettable», a déclaré mercredi une porte-parole du Ministère japonais des affaires étrangères, ajoutant que «Tokyo avait formellement protesté auprès de Séoul»: «Nous avons demandé que le dessert ne soit pas servi.» Mais «de son côté, la Corée du Sud n’a pas exprimé le souhait de retirer le dessert contesté».

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