Il était une fois

Des choses qui se font

OPINION. On a perdu l’habitude des gestes coopératifs, écrit notre chroniqueuse Joëlle Kuntz. On les a pourtant appris à l’école, en famille ou parfois au catéchisme, avec l’ensemble des normes informelles qui fondent la confiance sociale

L’un de mes proches utilise un mini-scooter électrique garé sur le trottoir devant sa porte et couvert d’une bâche bleue devenue familière dans le paysage. Début janvier, une forte bise a emporté la bâche. Une recherche dans les environs n’a pas permis de la retrouver. Mais, ô miracle, il y a quelques jours, elle a réapparu, soigneusement posée sur le scooter. Quelqu’un du voisinage, on ne sait qui, l’a découverte et remise à sa place. Ici, ce sont des choses qui se font. Pourquoi en suis-je sidérée? Si ce sont des choses qui se font, pourquoi s’émerveiller qu’elles se fassent?

On a perdu l’habitude des gestes coopératifs. On les a pourtant appris à l’école, en famille ou parfois au catéchisme, avec l’ensemble des normes informelles qui fondent la confiance sociale. Dans les petites communautés, les individus se regardent, se jaugent et se jugent selon des attentes partagées et réciproques inculquées dès l’enfance. Tu n’es tranquille que si tu inspires de la tranquillité aux autres. C’est un espace de conformité. En déroger est un risque. Mais quelle tentation, n’est-ce pas!