Mon bonheur est à son comble: j’ai déniché le site www.psychologie-sociale.com et son répertoire d’expériences vigoureusement vulgarisées. J’adore la psychologie sociale: elle parle de ce qui nous intéresse, confirme en général nos préjugés les plus chers et parfois nous surprend délicieusement.

Imaginez, par exemple, un patron de restaurant disposant d’un stock de choucroute garnie à écouler au plus vite. Eh bien, pour maximiser ses chances, il doit toucher même brièvement son client au moment de lui recommander ce plat chaleureux. Avec sa seule voix, il ne parvient à convaincre que 41% des chalands – et encore, la moitié auraient commandé de la choucroute de toute façon. Au toucher, il en emporte 20% de plus pour atteindre 59% d’adhésion au chou fermenté.

Je remarque au passage que cette passionnante expérience partage les mangeurs de choucroute en trois tiers – spontanés, légèrement encouragés et vivement encouragés. Je note toutes les fois où apparaît une telle répartition car j’ai le sentiment persistant qu’elle constitue une forme de constante inavouée de l’observation académique du comportement humain. Mais passons.

Et notons quelques questions restées sans réponse: l’expérience donnerait-elle les mêmes résultats avec la truite au bleu, le gaspacho ou le sorbet au melon, plus de saison? Et surtout, quelle proportion de sujets notre bistroquet parviendrait-il à convaincre si le toucher était un peu plus appuyé et réalisé avec le museau d’un 7.45?

Revenons à la voix. Une autre expérience révèle que les hommes ressentent une grande fatigue à écouter un peu longtemps celle d’une femme. Une question de fréquences qui ne me convainc qu’à moitié, mais ça expliquerait beaucoup de choses.

Dans le même genre, j’ai appris qu’un CV médiocre avait plus de chances de convaincre un recruteur s’il était signé Charles-Edouard plutôt que simplement Charles ou Edouard; qu’on supporte mieux la douleur en jurant comme un charretier et que des sujets qu’on avait amenés à se rappeler des épisodes peu glorieux de leur vie ont choisi massivement une lingette comme récompense de leurs efforts tandis que leurs congénères sollicités d’évoquer un moment de fierté préféraient un stylo.

J’ai découvert avec un peu plus d’émotion qu’un rat entraîné à appuyer sur un levier pour avoir à manger arrêtait de le faire s’il constatait que ce geste envoyait un choc électrique au camarade de la cage voisine. Mieux que les humains qui, à raison de deux tiers (tiens, tiens…) acceptent d’infliger des décharges violentes à un pseudo-cobaye qui se tord de douleur pour peu qu’un détenteur de l’autorité le leur demande.

Mais les rats ne sont pas des saints non plus. Une autre expérience popularisée par Bernard Werber dans son Encyclopédie du savoir relatif et absolu montre que, sur six d’entre eux, il s’en trouve toujours trois pour chercher à faire travailler leurs semblables à leur place, deux pour se laisser faire et un pour vivre sa vie sans se laisser emmerder. La configuration se recrée au sein d’un groupe composé exclusivement d’exploiteurs, d’exploités ou d’autonomes. Et devinez quoi: les plus stressés, dissection du cerveau à l’appui, sont les exploiteurs.

C’est une première morale. L’autre est que les rats sont des êtres complexes. Et que leur altruisme occasionnel n’empêche pas l’exploitation du rat par le rat. Peut-être même qu’il la facilite. Oui, oui.