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L’auteur du tous-ménages, le 18 mars dernier au stade Saint-Jacques.
© Georgios Kefalas/Keystone

Revue de presse

Christian Constantin voulait nous dire: il les faut, ces Jeux de Sion 2026

L’opuscule de l’empereur du Valais propose les confessions quasi rousseauistes d’un homme qui a toujours cru dans les racines et en l’avenir de son pays. Il en fait donc des tonnes, flamme olympique à la main

Ils étaient «encore peu, les Valaisans», il y a une dizaine de jours selon Le Nouvelliste, «à avoir pu dévorer» ces 66 pages imprimées sur du papier qui n’a pas l’air recyclé et sur des rotatives situées «en Europe», publiées aux Editions de Tourbillon, «créées pour la circonstance». Faut ce qu’y faut, avec un coup de main des Editions de l’Aire, qui distribuent cette lyrique ode au Vieux-Pays que «tu dévores» en une demi-heure. Mais de quoi s’agit-il? Il s’agit de bout en bout de ce canton qui a «des atouts en mains», qu’il doit «jouer comme la grappe doit donner ses raisins», dit la quatrième de couverture.

Je voulais vous dire, de Christian Constantin (CC), a donc été envoyé au début de la semaine dernière dans toutes les boîtes aux lettres, d’Ulrichen à Saint-Gingolph: c’est ce qu’on appelle un tous-ménages. Mais ce n’est pas un journal gratuit ni de la publicité. Quoique, ça se discute… Mais c’est une autre question, que le quotidien valaisan ne saurait éluder, ce qu’il a déjà fait dans un autre article, commenté (en bien et en mal) par ses internautes.

Lire aussi: Les plus récents articles du «Temps» sur Sion 2026 (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit)

A peine moqueur, Le Nouvelliste indique ainsi qu’«après Elvis, Christian Constantin dit qu’il enfile le costume de Balzac […] pour expliquer pourquoi il croit à Sion 2026». Le journal dit aussi qu’il est «sympa», son livre, et – «une fois de plus» – il en «fait des tonnes»: pas moins de 170 000 exemplaires pour faire un rêve, tel le pasteur King, avant le vote crucial du 10 juin où Valaisannes et Valaisans décideront du sort de la candidature aux Jeux:

Les Jeux olympiques inviteraient des athlètes de cent pays et on parlerait du Valais et de Sion dans le monde entier

Il faut dire qu’il y avait urgence face aux familles divisées, dont on se demande si elles ne le seront pas encore un peu davantage après «ça». Tout a été très vite fait, en à peine deux mois, et l’on sent bien quelque précipitation dans ces lignes qui s’émeuvent «sous la plume qu’il a tenue avec le journaliste Philippe Dubath de la beauté des paysages valaisans. Un plaidoyer tantôt naturaliste, tantôt nostalgique et tantôt futuriste qui veut convaincre les Valaisans que les JO peuvent redonner à la Suisse et au Valais le prestige et l’exclusivité d’une nation de sports d’hiver.» Extrait:

Vous pensez ah, ça y est, voilà le Constantin qui vient faire sa publicité, qui vient nous séduire pour que nous disions oui aux Jeux olympiques, et avec ça il pourra construire plein de trucs et se faire encore de l’argent

Habile dans la prévention de la critique et des sarcasmes, l’homme qui répond «T’es malade ou quoi?» quand le journal valaisan lui demande «si cet ouvrage lui permet de bomber un torse viril et revanchard face à ceux qui l’ont gentiment poussé vers la sortie du comité de candidature» dit tout de la démarche, qui fait «passablement jaser sur les réseaux sociaux, déjà enflammés par la lutte entre les partisans et opposants au projet». Mais «le résultat est plutôt sympathique» dans ses élans rousseauistes, selon le correspondant en Valais de la RTS. Qui a tout de même tenté de savoir auprès de l’intéressé combien tout cela avait coûté mais s’est vu répondre, avec l’accent martignerain, «t’as qu’à faire une estimation»:

Le lieu du combat fratricide entre pro et anti, c’est surtout le blog «L’1Dex» qui, pour l’occasion, offre un nombre étonnant de commentaires (un brin idéologiques) en libre accès. Mais «que ne ferait-on pas pour ce Valais que l’on chérit tant?» se demande la rédaction, elle qui dit comprendre «un petit peu ce que pourraient être deux semaines de jouissance olympique. Un hymne à la gloire de nos héros, Cri Cri d’amour s’effondrant de joie devant cette «montagne si belle» et versant peut-être même une larme pour remercier la victoire d’avoir été si agréable.» Et puis…?

«Des cadavres et des dégâts»

«Et puis patatras, la remise des comptes, le «partage» amical des dettes et le contribuable valaisan se félicitant d’avoir su si bien flairer la meilleure manière de dépenser ses sous, en s’acquittant des dettes laissées par nos plus grands esprits et par nos stratèges les plus avisés. Quand on verra les cadavres et l’étendue des dégâts, quand on verra qu’il sera demandé aux contribuables sédunois de renoncer à leurs vacances pendant quelques années, «nous» aurons honte à la place des «patrons» valaisans.»

Sur le même blog, l’ex-éminence grise d’un ex-conseiller d’Etat UDC dit admirer CC. «Pour son audace. Sa vitalité. Sa roublardise.» Et «si ses procédés ne sont pas toujours chrétiens, ils sont indiscutablement impériaux. Le dernier en date a consisté à mander à tous ses sujets (car en Valais, l’Etat, c’est lui) une bulle – spéculative? – les enjoignant de voter OUI à ses Jeux.» Car «voter NON aux Jeux de CC n’est même pas envisageable» dans ce pays dont l’auteur décrit «les rigoles de l’écurie qu’il faut nettoyer» avec poésie en page 23:

Les pieds dans la merde qui n’est pas vraiment de la merde puisque c’est juste ce qui signifie l’existence des vaches bien nourries. Les premières fois que tu trais les vaches, que tu touches les tétines, c’est une sensation folle, tu ne sais pas si la bête a mal, si tu fais juste

A ce fameux «tu»! Celui dont on ne sait jamais, au bout du compte, s’il est impersonnel (en lieu et place du «on») ou s’il «te» désigne directement, «toi», puisque CC tutoie tout le monde. Tout ce beau monde au-dessus desquels il veut des «héros positifs». Pendant ces Jeux auxquels il tient tant, il veut «des êtres rayonnants». Il le dit dans une prière empreinte de quasi-mysticisme, parce qu’il ne sait pas «si Dieu» croit en lui. Ah bon, c’est pas l’inverse, d’habitude? En tout cas, en page 59:

C’est à lui que je pense, à lui que je parle, quand dans l’intimité des forêts d’automne, alors qu’on me croit sur un chantier ou dans un bureau, je suis en train d’étreindre un vieux mélèze en lui posant plein de questions, en le tutoyant bien sûr

Alors «quand Christian Constantin évoque son Valais, on a envie de le suivre», écrit Christophe Spahr dans Le Nouvelliste: «Il laisse parler ses tripes là où le débat s’enlise dans les chiffres, les infrastructures, les bénéfices à en retirer ou les dommages collatéraux. Quand il évoque son Valais, ses montagnes, ses forêts et sa qualité de vie, je le crois sincère. Il a surtout raison quand il dit que nombre d’opposants sont ceux qui n’entreprennent jamais rien mais bâtissent leur existence sur le dénigrement des projets des autres.»

«Après l’orgasme, appel à la raison»

Panégyrique auquel Stéphane Riand s’empresse de répondre aussitôt sur son «1Dex»: «Après l’orgasme, appel à la raison, au bon sens et à un brin de réflexion. L’originalité pour Christophe Spahr, c’est donc la production d’un livre de propagande. Dont acte. […] Laisse-t-il parler ses tripes? J’ai cru comprendre que les mots agencés avaient été choisis par son complice Dubath, Philippe de son prénom. Sont-ce donc les tripes de Phil ou de CC qui ont impressionné l’amoureux transi?»

Et de poursuivre: «Que tous les politiques qui s’époumonent pour convaincre les Valaisans d’adhérer à cette bénédiction du CIO sachent déjà qu’ils n’en retireront aucun mérite: c’est Christian l’Empereur qui aura triomphé. […] Les politiques n’en voulaient pas? Et un homme, notre sauveur à tous, les a poussés vers le précipice. En bons moutons, ils ont obéi au berger! […] Post-scriptum d’un ami: ça se prononce la même chose: a) des espoirs plus des dettes; b) désespoir plus des dettes.»

Les Valaisans «dans la mistoufle»

Voilà pourquoi Jean-Jacques Zuber, toujours sur «L’1Dex», promet de ne pas lire le livre de CC. «N’y voyez pas une marque de dédain ou de prévention à votre encontre», le prévient-il, mais «je souhaiterais qu’il soit mis un terme à la pression des promoteurs du projet sur l’opinion publique dans cette question». Car «si les Valaisans avaient connaissance de la mistoufle dans laquelle évolue leur canton, je vous assure qu’ils ne songeraient pas à emprunter 100 millions de francs pour se divertir. Cent millions sans compter les inévitables excédents de dépenses. Dites-leur la vérité; à savoir qu’ils devront rembourser ces sommes avec leurs impôts, et renoncer pendant de longues années à toute avancée socio-économique. Et vous verrez ce qu’il leur restera d’enthousiasme pour ces Jeux tellement inutiles.»

Ah, on oubliait. Dans ces confessions, il y a aussi du Mozart. Mozart persönlich im Wallis. «Parce que ce garçon-là m’impressionne et m’interroge depuis que je suis allé chez lui à Salzburg. La musique, moi, il me faut l’histoire qui va avec.» Alors, «ta» petite musique, en fin de compte, c’est quoi, CC? Est-elle lyrique? Réponse, page 54:

Mozart pour moi, c’est l’incompréhensible, c’est le Cervin. Ce truc posé là, avec cette forme, cette verticalité qui se détache de tout. Mais les montagnes, en général, c’est Mozart. Et (avec) le Cervin, Mozart est chez nous

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